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Les compagnies aériennes latino-américaines n'ont pas le vent en poupe

Un vent de changement souffle sur les compagnies aériennes en Amérique latine, apportant avec lui un climat incertain.

Les porte-drapeaux des aviations nationales ne seront bientôt qu’un vestige car déréglementations et privatisations, consolidations, concurrence et alliances bouleversent la filière aérienne. Les compagnies sont contraintes d’améliorer la sécurité et la qualité du service et de baisser les prix. Or, elles sont fortement handicapées : les réglementations sont désuètes, il y a des monopoles et la fiscalité est lourde.

L’aviation civile en Amérique latine peut-elle relever le défi ? Si elle continue comme avant, c’est non. C’est le constat accablant d’un panel d’experts internationaux et de responsables de l’aviation qui s’étaient réunis à l’occasion d’un séminaire en début d’année à Santiago du Chili en marge de la réunion annuelle de la BID.

Pour qu’elle survive, les secteurs publics et privés en Amérique latine doivent moderniser les équipements aéronautiques, remanier les dispositifs réglementaires et se mettre à traiter le transport aérien comme un pôle de croissance plutôt que comme une source de recettes fort commode, au dire des experts.

Patricio Sepúlveda, directeur régional pour l’Amérique latine et les Caraïbes pour l’Association internationale du transport aérien, calcule que 85 % des 40 compagnies aériennes de la région sont déficitaires. Bon nombre d’entre elles ne survivront à ces années d’épreuve que pour déposer leur bilan, dit-il.

Sebastián Piñera, président du conseil d’administration de Lan Chile, estime que les compagnies aériennes de la région sont dans le rouge à hauteur d’environ 500 millions de dollars par an. " L’époque de la compagnie nationale porte-drapeau est révolue ", dit-il. Pour surnager sur ce marché, qui ne représente que 5 % de la filière aérienne mondiale, les compagnies doivent nouer des alliances internationales, faire des économies d’échelle et obtenir des dessertes vers les États-Unis et l’Europe, qui sont lucratives, ajoute-t-il.

Afin d’expliquer les facteurs qui ont amené la crise actuelle, divers intervenants lors du séminaire ont dit que la privatisation des compagnies nationales dans les années 90 n’avait pas été bien menée dans plusieurs cas. Dans certains pays, selon eux, aux monopoles d’état protégés et subventionnés ont succédé des monopoles privés… protégés et subventionnés. En outre, généralement les privatisations ne réglaient pas le problème de la rigidité des réglementations du travail et des taxes discriminatoires qui nuisent aux compagnies aériennes.

De manière semblable, l’expert en aviation rattaché à la BID Adolfo Rufatt a fait valoir que les concessions d’équipements aéroportuaires aux exploitants privés n’ont pas été bien mises en œuvre par les responsables politiques dans la région, en grande partie parce qu’ils cherchaient à réaliser des objectifs trop nombreux et souvent contradictoires. Les coûts de la faillite de ces politiques ont été répercutés sur les clients.

Dans le même temps, des études internationales montrent que les normes de sécurité des compagnies latino-américaines sont bien inférieures à celles de l’Europe et des États-Unis. Résultat, le taux des accidents sous forme de pourcentage par rapport au nombre de décollages est considérablement plus élevé. (Voir le lien à droite pour un article sur la sécurité aérienne dans la région.)

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