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Traditions rurales en ville

Lorsque les citoyens de la ville de Cuenca, dans la montagne équatorienne, ont commencé à jouer un rôle plus important dans les processus décisionnels de l'administration il y a plusieurs années, ils innovaient et dans le même temps ils perpétuaient une tradition vieille de plusieurs milliers d'années.
 
Comme l'explique le maire de Cuenca Cordero Cuevas, les traditions communales de participation, dites minga dans la langue indigène quechua, remontent à une lointaine époque préinca. Aujourd'hui, sous l'impulsion de Cordero, la formule selon laquelle des assemblées populaires et leurs représentants bâtissent et analysent le budget et définissent des priorités a placé la ville de 420 000 habitants à l'avant-garde du mouvement en Amérique latine en faveur de la participation locale aux processus décisionnels.

Bien que les agglomérations urbaines soient généralement en pointe dans l'organisation sociale, ce n'était pas le cas à Cuenca, selon Cordero. Dans les 21 paroisses rurales de la municipalité, les gens participent plus activement aux assemblées populaires que dans les paroisses urbaines. La raison en est, dit-il, que « les ruraux vivent davantage en communauté ».

L'un des premiers gestes posés par Cordero après avoir ceint l'écharpe municipale fut de remodeler les conseils de paroisse. Auparavant, c'était le maire qui nommaient leurs membres. Aujourd'hui, ce sont des charges électives qui servent de complément au Conseil municipal. Les conseils de paroisse sont chargés de faire émerger des projets de travaux publics, de définir les priorités, de rencontrer les experts techniques de la mairie pour s'assurer de la viabilité des projets, de demander des études techniques et des projets de budget, de suivre l'exécution des travaux et d'en évaluer les résultats. Les projets concernent entre autres les écoles, la santé, la voirie, les espaces verts et les centres socioculturels. Les paroisses rurales sont également en train de mettre au point des plans de développement stratégiques vicennaux.

À Cuenca, le budget participatif se fonde sur un texte de loi local qui réglemente la procédure de vote et la composition des conseils de paroisse. À Porto Alegre au Brésil, le système participatif fonctionne sans loi particulière.

À l'instar d'autres municipalités, Cuenca a institué le budget participatif tout en engageant des réformes fiscales. La ville a d'abord modernisé le cadastre. Elle l'a fait de façon très méticuleuse, « bâtiment par bâtiment », selon Cordero.

La réforme fiscale de Cuenca a reçu une impulsion lorsqu'une révision de la constitution équatorienne a donné aux municipalités le droit exclusif de déterminer l'affectation des recettes tirées d'un impôt spécial prélevé sur les bâtiments ou des quartiers en vue d'améliorations. Le système en usage à Cuenca prévoit que les contribuables bénéficiant directement de travaux publics prennent en charge une plus grande partie de leurs coûts. Selon Cordero, les paiements liés aux emprunts qui financent les travaux d'amélioration sont à jour parce que les citoyens savent que le remboursement anticipé fera baisser les taux d'intérêt, et partant leurs impôts.

La réforme fiscale consiste aussi à réorganiser les services publics, par exemple les télécommunications et le service de l'assainissement, qui saignaient la trésorerie. Ces services ont été débureaucratisés et confiés à des entreprises indépendantes. Bien que des assemblées populaires soient organisées pour fixer les tarifs liés à ces services, les citoyens comprennent que les entreprises en question doivent faire des bénéfices pour durer, affirme Cordero.

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