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Discours du Président Clinton à la Conférence de la BID

Madame le Premier Ministre, Monsieur le Président Moreno, Chers amis,

Bonjour. Il y a environ trois mois, Madame le Premier Ministre et Monsieur le Président Préval m’ont demandé d’organiser cette modeste manifestation consacrée au commerce et à l’investissement. Le Président Moreno a trouvé cette idée judicieuse, et nous voici donc ici.

Il y a encore quelques années, je n’aurais pu imaginer qu’une telle rencontre puisse avoir lieu à Port-au-Prince. Non seulement parce que nous sommes si nombreux à nous retrouver ici, avec des représentants de grandes entreprises, de petites entreprises, d’ONG, d’Haïtiens et de personnes venues des quatre coins du monde, mais parce que nous sommes bien ici, sachant que ce moment est riche de possibilités. Nous savons que l’occasion est propice non seulement pour des investissements, mais pour réaliser des bénéfices et exporter vers d’autres marchés, mais pour offrir au peuple haïtien un avenir plus sûr et une prospérité largement partagée.

J’aimerais adresser quelques remerciements. S’il est vrai que j’ai rencontré beaucoup de représentants venus des Etats-Unis et du Canada, voire de la lointaine Corée, j’aimerais exprimer particulièrement ma gratitude aux personnes venues de l’Amérique latine et des Caraïbes. En l’espace de dix minutes, ce matin, à la pause café, j’ai rencontré des délégués venus du Brésil, de Colombie, du Mexique, du Honduras, du Guatemala, bien sûr de la République dominicaine, et d’un certain nombre d’autres contrées. Des personnes venues à moi. C’est aussi un événement sans précédent pour Haïti.

Quand j’étais Président et que nous conduisions une coalition internationale venue rétablir dans ses fonctions le Président haïtien démocratiquement élu et tenter d’instaurer des relations plus normales avec Haïti et tous ses voisins, j’avoue honnêtement que de tous les pays de la région, seule l’Argentine semblait vraiment croire à ce projet, peut-être pour des raisons liées davantage à sa propre expérience. Aujourd’hui, à commencer par la direction de la délégation brésilienne au sein de la force des Nations Unies, on constate une énorme prise de conscience du fait que notre continent est voué à connaître ensemble une ascension ou un déclin commun et que nous ne pouvons nous permettre de laisser quiconque en arrière ou de ne pas faire cas de l’opportunité lorsqu’elle se présente. C’est pourquoi je tiens à dire, sans manquer de respect à quiconque, qu’en tant que champion de longue date de la cause haïtienne, je suis particulièrement reconnaissant de leur présence à ceux qui sont venus des pays voisins.

Je tiens également à remercier le Premier Ministre, le Président et le Gouvernement d’Haïti de leur vaste plan de redressement, des efforts qu’ils ont déjà entrepris pour apporter certains changements et rendre Haïti plus attrayant pour l’investissement étranger et pour agir de façon à promouvoir une prospérité plus amplement partagée que jamais auparavant. L’un des obstacles qui avait empêché les précédentes tentatives d’établissement de la démocratie était l’inégalité criante dans la répartition des revenus et des chances. Si le plan que nous avons devant nous aujourd’hui est convenablement appliqué et si nous faisons tous notre part, c’est le peuple haïtien tout entier qui se relèvera. Les riches deviendront plus riches, mais le pays se verra doté d’une classe moyenne beaucoup plus vaste, avec la sortie rapide des pauvres de leur pauvreté.

Les nouvelles lois en préparation, qui créeront des conditions plus sûres pour les investisseurs, encourageront davantage d’Haïtiens de la Diaspora à revenir dans leur pays et à y investir, témoignant de la volonté d’Haïti d’ouvrir ses portes et de bâtir un avenir commun.

C’est pourquoi je suis particulièrement reconnaissant non seulement aux membres du Gouvernement, mais aussi aux dirigeants de la législature qui soutiennent ces efforts et s’attaqueront à un certain nombre d’autres questions à l’avenir.

Je tiens à remercier les banques multilatérales de développement et les donateurs ici présents de leur grande générosité et de leur contribution à l’avènement d’un développement durable. La semaine dernière, le Président Moreno a fait part de sa volonté de créer un fonds fiduciaire multi-donateurs afin d’apporter un appui budgétaire particulièrement nécessaire au Gouvernement haïtien pour lui permettre de renforcer les capacités de sa fonction publique et de faire plus pour la population qui n’est pas près de bénéficier de cette reprise économique et pour les enfants qui ont besoin d’éducation.

Haïti a également obtenu des millions de dollars d’allégement de sa dette de la part de la Banque mondiale, du FMI et d’autres gouvernements donateurs, y compris des Etats-Unis, de la France et du Canada. Aujourd’hui, nous avons ici des représentants de l’AMGI, l’institution du Groupe de la Banque mondiale qui apporte des garanties contre les risques aux investisseurs étrangers. Ce devrait être un signe encourageant, quoique je puisse vous dire que le risque politique en Haïti se trouve aujourd’hui au plus bas où je l’aie vu de toute mon existence. Néanmoins, si vous êtes toujours inquiets à cet égard, la Banque mondiale est là pour vous rassurer.

J’aimerais ajouter une remarque qui ne figure pas dans mes notes. J’ai effectivement demandé que cette réunion ait lieu, mais cela ne se serait pas produit, et il n’y aurait pas autant de représentants des pays d’Amérique latine et des Caraïbes si ce n’était grâce à l’action de Luis Moreno. Il a été un incroyable visionnaire et une inspiration à la tête de la Banque interaméricaine de développement comme il le fut naguère, en qualité d’Ambassadeur de Colombie, durant tout le temps de ma présidence. Il m’a aidé à mettre sur pied le Plan Colombie, et si vous doutez encore de son aptitude à la réussite, permettez-moi de vous rappeler que cette année, nous avons célébré le 50ème anniversaire de la BID dans la ville de Medellin qui, aussi loin que je remonte dans ma mémoire, était le centre du trafic international des stupéfiants. Le Secrétaire au Trésor des Etats-Unis et un ex-Président, avec la pleine bénédiction du Service secret, se sont rendus à Medellin, qui a été rendue au peuple colombien, en grande partie grâce à son action.

Ce n’était là qu’une publicité politique gratuite que j’ai faite pour la poursuite de la meilleure direction que j’ai jamais vue à la BID (rires). Sans lui, nous ne serions pas ici.

À présent, j’aimerais également remercier les donateurs bilatéraux et leur exprimer ma gratitude toute particulière pour leurs 350 milliards de dollars d’annonces de contributions faites en avril, lors de la conférence des donateurs. Et je suis reconnaissant aux deux pays donateurs qui comptent les plus forts pourcentages d’Haïtiens d’origine parmi leur population, les Etats-Unis et la France, d’avoir déjà décaissé au moins un tiers de leurs annonces de contribution. Aux termes du mandat que m’a confié le Secrétaire général des Nations Unies, je devais notamment m’assurer que la conférence des donateurs des Nations Unies n’était pas une supercherie et que nous n’allions pas assister à une nouvelle rencontre internationale où sont faites des promesses de fonds qui ne se matérialisent jamais. C’est pourquoi je tiens à remercier le Gouvernement de la France d’avoir décaissé un tiers des fonds annoncés et je tiens à remercier le Gouvernement des Etats-Unis, représentés ici par le Chef de cabinet et Conseiller du Secrétaire d’État, Mme Cheryl Mills, qui est venue en Haïti encore plus souvent que moi depuis que nous avons entrepris cette campagne. Les Etats-Unis ont décaissé 38% des fonds promis en avril. Tous les pays doivent faire de même. Quand nous faisons des annonces de contribution, nous devons tenir parole. Les Haïtiens en ont assez des promesses mirobolantes de leurs nationaux comme d’étrangers. Il vaut mieux promettre moins et donner plus. C’est pourquoi je tiens à remercier les donateurs qui tiennent leurs promesses.

Un autre élément du mandat que j’ai reçu du. Secrétaire général Ban Ki Moon, quand j’ai accepté cette mission, était de tenter d’attirer davantage d’investissement et d’appuyer la mise en œuvre du propre Plan de développement d’Haïti. Une partie de ce plan vise simplement à améliorer l’image du pays. Si vous avez bien entendu Madame le Premier Ministre dans son discours remarquable de ce matin, c’est de cela qu’elle a parlé. Parfois, ce que les gens pensent de vous n’est pas vrai. Certes, si vous êtes un élu dans un pays doté d’une presse politique véhémente, c’est là une chose inévitable. Mais si vous êtes une nation qui se débat pour faire connaître la vérité, cela peut être évité.

C’est pourquoi je vous demande aujourd’hui à vous tous ici présents de m’aider à faire ce que le Secrétaire général m’a demandé de faire, à savoir, à projeter une image positive d’Haïti quand vous quitterez le pays. Que vous songiez ou non à conclure un marché immédiatement, dites ce que vous avez vu, faites part de vos impressions.

Nous essayons de diversifier cette économie – c’est là un autre élément de notre mandat, et un autre élément de ce plan : outre le secteur manufacturier, les agro-industries et les questions d’énergie, nous essayons de relancer le tourisme en Haïti. Et cela me paraît très important. Permettez-moi de vous donner un aperçu des potentialités des autres actions que je mène. Je travaille beaucoup avec le Liberia, où les Etats-Unis ont une obligation particulière en ce sens que le pays a été fondé par des esclaves affranchis qui ne pouvaient jouir de l’égalité aux Etats-Unis à l’époque où ils ont fondé le Liberia. Ils ont donc connu 14 années de guerre horrible. Leur revenu par habitant a atteint 260 dollars par an. À Monrovia, jadis ville prospère, plus de 80% de la population étaient sans électricité trois ans après la fin de la guerre. Nous avons alors organisé une équipe d’hommes d’affaires afro-américains qui ont construit deux hôtels qui, à eux seuls dans un pays d’à peine trois millions d’habitants, ont permis de créer 1 800 emplois. Ce n’est là qu’un soupçon de ce que les Américains devraient faire pour soutenir le développement du tourisme en Haïti. Américains, Canadiens, tous les habitants de la région. Regardez ce que le tourisme a fait pour la République dominicaine, le voisin d’à côté, et la volonté de partenariat exprimée par les Dominicains à l’égard d’Haïti.

Chaque semaine, un nouveau progrès semble conçu pour renforcer ces liens. Je pense que ce n’est qu’un début. Demain, je visiterai le Palais de Sans Souci à la Citadelle pour tenter de montrer ce qui est peut-être la plus remarquable pièce d’architecture connue de tout le continent.

L’an dernier, ce site méconnu n’aurait reçu que 800 visiteurs. En raison des conseils aux voyageurs des Etats-Unis et du Canada qui ont à présent été modifiés et qui, je l’espère, le seront encore, et en raison du manque d’infrastructure, les deux-tiers de ces visiteurs étaient des Américains d’origine haïtienne accompagnés d’amis et de membres de leurs familles. Il y a donc ici un énorme potentiel encore inexploité, de même que tout autour de l’île, sur toutes les plages et dans de nombreux autres endroits. C’est sur cela que nous voulons travailler.

Nous avons besoin d’infrastructure. Je suis particulièrement reconnaissant à ceux qui ont apporté les fonds nécessaires pour reconstruire les routes, ce qui nous permet en même temps de relancer les secteurs des agro-industries et du tourisme. Haïti a besoin d’un nouvel aéroport, à l’extrémité nord de l’île, au Cap Haïtien (applaudissements). Je sais que nous avons ici un participant, Frank Ranieri, de Punta Cana, en République dominicaine, qui fera partie du groupe d’experts. Tout ce que je peux vous dire, c’est que je n’ai jamais atterri au Cap Haïti. J’ai atterri quantité de fois à Punta Cana, dont l’aéroport a été construit avec des capitaux privés, et que le gouvernement dominicain ramasse chaque année une fortune, grâce aux redevances et aux recettes perçues par cet aéroport, et je pense que plus d’un tiers des devises que gagne le pays tout entier passe par cet aéroport. Il pourrait en être de même avec un aéroport au Cap Haïtien. Il nous faut travailler à cela avec le Gouvernement haïtien afin de déterminer comment construire un réseau routier qui permette à la population de se rendre à des endroits tels que la Citadelle, qui ne sont pas immédiatement accessibles depuis les plages, et qui offre de nouvelles possibilités de transport au pays.

Cela dit, il ne faut pas non plus oublier le pain et le beurre. Nombreux sont ceux d’entre vous qui désirez développer le secteur agricole. Si nous voulons vraiment faire quelque chose pour mettre un terme au déboisement – je reviendrai sur cette question plus avant – il nous faut faire en sorte qu’il soit plus rentable de laisser les arbres sur pied que de les abattre. Je travaille sur le déboisement dans le monde entier avec ma Fondation. Cela n’a rien à voir avec ce que je fais ici. J’en suis très préoccupé. Le problème du réchauffement de la planète est dû chaque année dans une proportion de 18% à la destruction des arbres. J’ai été invité récemment par le groupe brésilien des producteurs de biocombustibles – ils sont plus de 2 000 à cultiver la canne à sucre pour produire de l’éthanol – à venir leur parler, et je n’avais jamais vu un tel groupe – se lever et assumer ainsi la responsabilité du déboisement, alors même qu’ils se refusent de planter leur canne à sucre sur des terres déboisées.  Mais ils savent que parce que la technologique brésilienne de l’énergie à base d’éthanol est de loin la plus efficace au monde, produisant plus de neuf gallons de combustible pour un gallon de pétrole, ils prennent de bonnes terres de culture, repoussant les producteurs de soja et les éleveurs de bétail vers des terres plus marginales et les contraignant à détruire les forêts tropicales humides. Aussi m’ont-ils demandé ce qu’ils pourraient faire pour remédier à cette situation, et je leur ai suggéré un certain nombre de choses à faire pour les forêts, mais je leur ai aussi suggéré d’offrir leur technologie à d’autres pays comme Haïti et la République dominicaine où elle pourrait produire davantage de biocombustibles à exporter aux Etats-Unis sans la taxe d’exportation de 53 centimes le gallon, en raison des relations entre nos pays. Ce sont là des idées auxquelles il nous faut penser.

Je suis vivement reconnaissant à l’ex-Président américain George Bush et au Congrès pour la loi Hope II qui a étendu à Haïti les préférences accordées jusque là à d’autres pays pour l’exportation de ces produits aux Etats-Unis. Mais nous sommes loin d’avoir tiré tout le parti possible de Hope II. C’est pourquoi je suis très reconnaissant à tous ceux d’entre vous ici présents qui avez implanté des usines de vêtements et à tous ceux qui envisagent d’ouvrir ou de transplanter des usines de vêtements en Haïti. Il y a des dizaines de milliers, voire 100 000 emplois à créer dans ce pays, si nous voulons vraiment tirer le maximum des possibilités offertes par cette loi. Je peux vous assurer que tous les pays au monde ont été ébranlés par les difficultés économiques de l’an dernier, et que le protectionnisme reprend un peu partout dans le monde. L’exception à cette règle réside dans ce qu’éprouvent le Congrès et le peuple américains envers Haïti. Ils veulent vous voir produire tout ce que vous pouvez et l’exporter aux Etats-Unis (rires). Je vous remercie donc tous d’être ici précisément à cette fin.

Il importe que nous n’oubliions pas le secteur de la petite entreprise. Pour ceux d’entre vous qui apportez une aide financière ou qui êtes prêts en tant qu’ONG à offrir un petit capital d’amorçage, il ne vous faut pas perdre de vue que dans tous les pays, la majorité des emplois proviennent de petites entreprises. Vous êtes nombreux à le savoir : lors de mon dernier voyage en Haïti, j’avais visité un quartier de Port-au-Prince où un jeune entrepreneur de 27 ans, avec le Conseil de quartier, avait décidé que le meilleur moyen de persuader la population de cesser d’abattre des arbres et de brûler du charbon de bois était de lui offrir une solution de rechange. Ils ont donc commencé pour la première fois à ramasser les ordures du quartier – ce qu’ils ne faisaient pas auparavant. Il fallait pour cela beaucoup de monde. Puis ils ont commencé à trier les ordures, ce qui demandait aussi beaucoup de main d’œuvre. Puis ils ont commencé à utiliser les matières organiques pour produire du compost, ce qui exigeait une fois encore beaucoup de main d’œuvre. Puis ils ont commencé à utiliser le papier de la façon la plus curieuse que j’avais jamais vue. Ils ont conçu leur propre déchiqueteur, ce qui a permis à une personne de déchiqueter le papier par grandes quantités. Ils ont recueilli la sciure d’une fabrique locale de mobilier qui était trop heureuse de s’en débarrasser ; ils ont mélangé le tout, l’ont placé dans des récipients, l’ont mouillé, l’ont mis dans des presses de leur conception, douze au total, l’ont découpé, l’ont séché et produit ainsi des briquettes à utiliser à la place du charbon de bois. Quatre de ces briquettes placées dans un four de cuisson haïtien traditionnel coûtent quatre cents – quatre cents pour le dîner. La même quantité d’énergie produite par le charbon de bois coûte 20 cents. Quand on songe que 70% des Haïtiens vivent avec moins de deux dollars par jour, le fait de réduire de 80% le coût de l’énergie qu’ils consacrent à la cuisson de leurs repas peut paraître dérisoire à la plupart d’entre nous qui vivons plus à l’aise, mais c’est très important pour eux. Et ils emploient au moins dix fois plus de main d’œuvre sur la chaîne d’approvisionnement qu’ils n’en utilisent pour abattre les arbres, en faire du charbon de bois et le distribuer aux familles. Il ont fait tout cela grâce à un don de la Fondation Koze et très peu d’aide d’autres sources, mais avec un investissement privé et ne serait-ce qu’un acheteur - nous n’avons pas encore d’acheteur pour le plastique, le métal ou le verre, tout est fait séparément, vous verriez ce mouvement se propager à chaque quartier de Port-au-Prince, à chaque ville d’Haïti, et cela n’irait pas à l’encontre de ce que cherche à faire l’investissement international : cela pourrait servir de modèle à travers le monde. Permettez-moi de vous dire que dans les mégapoles où je travaille dans le monde entier, lorsque l’on me demande de venir et d’aider à combattre le changement climatique, je m’attends toujours à ce que l’on me demande de faire quelque chose pour apporter ces fabuleux panneaux solaire, cette fabuleuse énergie éolienne, de faire quelque chose pour changer la façon dont les bâtiments sont construits et pour les rendre plus efficaces. Et la première chose que l’on me demande toujours est de faire quelque chose à propos des décharges qui prennent trop de place et émettent du méthane, créant un danger pour la santé, polluant l’eau. Nous pourrions fermer toutes les décharges du monde si l’on avait un modèle comme celui-ci. Telle est ma solution à 1 cent (par briquette). Pas mal : un centime. Telle est la solution que je propose, car je persiste à croire que l’intelligence et l’effort sont des ressources que l’on trouve partout en quantités égales sur notre planète.

L’organisation, les mécanismes opérationnels et les investissements ne sont pas répartis à égalité entre tous les pays. C’est pourquoi j’aime ce projet et je m’efforce d’en tirer quelque chose, mais plus encore, je le montre aujourd’hui en exemple, pour son potentiel qui ne se limite pas au peuple haïtien.

Il est une statistique que je trouve intéressante : aux Etats-Unis d’Amérique, 11% des médecins Afro-Américains sont Haïtiens (applaudissements). Seuls quelque 1,5% des Afro-Américains sont Haïtiens. Les Haïtiens réussissent très bien partout ailleurs, et ils réussiront également en Haïti si nous les aidons et si nous soutenons ce plan. Cela veut dire qu’il nous faut prêter attention aux potentialités des petites et moyennes entreprises.

Permettez-moi d’adresser quelques mots de remerciement à mon ami Denis O’Brien et au personnel de Digicel, qui m’ont demandé de mentionner cette nouvelle initiative qu’ils viennent de lancer : « L’Initiative pour jeunes entrepreneurs », qui permet à des jeunes de soumettre des propositions d’activité économique qui sont examinées par une commission indépendante ; à l’issue de cet examen, un don de 15 000 dollars est accordé au projet gagnant. Un degré élevé de priorité est donné aux projets qui investissent dans les femmes et les jeunes filles, afin qu’elles puissent s’intégrer pleinement à l’économie haïtienne.

Cette action est importante, car elle touche au cœur du problème de l’inégalité dans laquelle sont maintenues les femmes en Haïti et, du reste, dans la plupart des pays en développement, face à l’accès au crédit. J’ajouterai même que c’est un investissement judicieux. L’expérience montre dans le monde entier que quand on investit dans les femmes, c’est toute leur famille qui en tire profit, à travers une meilleure nutrition, un meilleur accès aux soins de santé et à l’éducation, et un plus haut niveau de vie. C’est pourquoi je tiens à remercier Denis O’Brien, ainsi que Madame le Ministre haïtien à la condition féminine, qui a bien voulu enrichir ce projet de son expérience.

J’aimerais dire encore un mot de la Diaspora haïtienne. Les Haïtiens qui vivent à l’étranger réussissent très bien et, dans leur majorité, ressentent l’obligation – que devraient ressentir la totalité d’entre eux – d’aider leur terre natale. Je pense qu’ils peuvent grandement faire la différence. Les Américains, les Canadiens, les Français, la Diaspora haïtienne où qu’elle se trouve. Nous travaillons depuis des mois avec la Diaspora. J’ai participé à deux réunions aux Etats-Unis – une au Centre de conférences international de Miami, et celui qui m’a invité à cette réunion est aujourd’hui ici présent, et une avec la communauté haïtienne du Nord-Est. Nous nous employons activement à identifier les obstacles à la participation. C’est pour nous une grande priorité. Je tiens à remercier Madame le Premier Ministre et les hauts responsables de la législature de l’attention qu’ils portent à un projet de loi destiné à éliminer un grand nombre de ces obstacles. C’est là un pas important.

Le Dr. Paul Farmer, qui a accepté sa nomination en qualité d’Envoyé spécial adjoint des Nations Unies, a constitué au sein de notre bureau de l’ONU une équipe composée en partie de membres de cette Diaspora haïtienne. C’est dire que nous sommes sensibles à cette question. Si vous avez des idées ou des suggestions sur ce que nous devrions faire pour obtenir la participation d’un plus grand nombre d’Haïtiens expatriés, je vous demande de me les communiquer.

J’ajouterai que je vais m’efforcer de faire davantage pour faire prendre conscience des possibilités qu’offrent les petites entreprises pour mériter l’investissement et pour montrer aux investisseurs qu’ils peuvent favoriser de nouveaux investissements. Nous allons nous rendre dans un parc industriel à Cité Soleil qui offre plus de 100 000 mètres carrés d’entrepôts et autres services à l’appui du marché d’exportation. Ce projet est financé par le Fonds de développement Soros et par des investisseurs locaux, et devrait offrir des services aux importateurs américains de vêtements et textiles haïtiens et créer 25 000 nouveaux emplois ainsi que des services de santé installés sur place. Je les en remercie.

Par ailleurs, nous devons songer non pas seulement à ce qu’Haïti a réussi par le passé, mais à ce que le pays pourrait réussir à l’avenir, avec l’appui nécessaire. Cela implique le développement des marchés intérieur et extérieur. Il s’agit de mobiliser l’investissement et les entreprises, et de promouvoir l’utilisation d’énergies de substitution, la gestion des déchets, la purification de l’eau, la création de logements pour familles à faible revenu et les projets d’embellissement ; ce sont là autant d’actions qui permettront non seulement de diversifier l’économie et de la rendre moins vulnérable aux fluctuations économiques internationales, mais aussi de favoriser la croissance de la classe moyenne.

En fin de compte, tous nos efforts devront être jugés au nombre d’emplois créés, aux progrès de la classe moyenne et à la rentabilité pour les investisseurs et aux profits qu’ils dégageront en faisant ce qui est juste.

Par delà ces actions, j’aimerais vous livrer quelques informations particulières. La semaine dernière s’est achevée la Cinquième session annuelle de l’Initiative mondiale Clinton que nous tenons chaque année, en marge de l’Assemblée annuelle de l’ONU, et qui réunit des dirigeants mondiaux, des chefs d’entreprise, des philanthropes et des ONG américaines. Nous faisons venir des représentants du monde entier qui n’auraient pas autrement les moyens de venir, de manière que chaque pan de la société de chaque continent soit représenté. Depuis deux ans, nous répétons un appel à l’action en faveur d’Haïti. Ces deux années ont permis de réunir plus de 420 millions de dollars d’engagements, ce dont je suis particulièrement heureux. Rien que la semaine dernière, nous avons reçu 258 millions de dollars de nouveaux engagements, et l’un des engagements scellés en 2008 a permis d’achever la construction du pont de Boucan Carré, qui changera la vie des habitants de la région. Je remercie Denis O’Brien, les collègues et partenaires des milieux de la santé du Dr. Paul Farmer, le Gouvernement haïtien – je les remercie tous, ainsi que les autres entreprises, les ONG et les forces des Nations Unies, d’avoir permis d’ériger et de mettre ce pont en service, permettant à la population locale de se rendre dans les cliniques et les hôpitaux et donnant aux distributeurs et aux petits exploitants un accès aux marchés. Tel est le type d’action que ceux d’entre nous qui ne sommes pas dans le secteur public pouvons faire. Ce genre de partenariat contribue au développement économique et social, et s’accompagne donc d’impératifs économiques et moraux, et nous tenons à attirer des entreprises du type de Digicel, qui sont attachées au respect de ces deux types d impératifs.

Je tiens à saluer l’un des organisateurs de cette conférence, venu de l’Organisation internationale du travail, qui est ici cette semaine et tient une conférence avec des sociétés déterminées à mener leurs activités d’une façon qui garantisse que les emplois créés sont conformes aux normes de main d’œuvre internationalement reconnues.

Nous voulons reconstruire Haïti mieux qu’avant les ouragans. Il se s’agit pas seulement de créer des emplois, mais de créer des emplois divers et durables ; pas seulement de produire de l’électricité, mais de produire une électricité plus verte et plus viable, qui permette de réduire la pollution, le déboisement et la charge financière que représente l’achat d’électricité à d’autres sources. Nous voulons construire des logements, mais nous voulons des logements capables de résister aux ouragans et aux inondations, et à des prix abordables. Nous voulons produire davantage de cultures, mais nous voulons mieux les conditionner et leur permettre de mieux voyager et de mieux se vendre, tout en économisant davantage pour que les agriculteurs disposent d’un revenu plus décent.

Notre tâche commence à peine, mais j’aimerais évoquer certains des résultats que nous avons déjà obtenus. J’ai mentionné le Fonds de développement économique Soros et son Projet d’investissement en Haïti. Je tiens à remercier les responsables de ce projet de leur engagement de 25 millions de dollars ; d’ores et déjà, ils ont pris contact avec d’éventuels partenaires afin de porter le capital initial à 150 millions de dollars pour des investissements dans l’industrie du vêtement, l’agriculture, la logistique, le tourisme, l’énergie et le logement. Pour les investisseurs, participer à ce fonds est une excellente idée, car George Soros est connu pour sa capacité à gagner de l’argent (rires).

Je remercie Michael Carey, cet industriel irlandais, et ses collègues d’avoir créé récemment la Fondation Âme d’Haïti qui offre des partenariats à long terme entre entreprises Haïtiennes et Irlandaises.

Je remercie James Lee Witt (qui était mon Directeur chargé de la gestion des situations d’urgence) et ses associés, qui se sont engagés à dispenser une formation aux femmes haïtiennes afin de les préparer à faire face aux catastrophes, et qui ont déjà travaillé ici à cette tâche avec l’équipe des Nations Unies.

L’une des personnalités qui m’ont accompagné dans ma mission de mars dernier est un Indien du nom de Desh Despandi, qui alimente chaque jour un million d’enfants indiens, dans le cadre d’un programme qui vise à améliorer leur nutrition et leurs résultats scolaires. Il a offert d’appuyer ce louable effort lancé pour alimenter les élèves des écoles et porter la couverture de l’action des pouvoirs publics à aussi près que possible de 100% des enfants qui ont besoin de ce complément alimentaire offert dans les écoles.

Je remercie Rolando Gonzalez Bunster, un ami du Gouvernement qui a offert d’installer cinq éoliennes d’une capacité de huit mégawatts produites par la société danoise VESPAS. Ces éoliennes sont les meilleures du monde, et nous voulons montrer de façon concluante quelle est la capacité totale de production d’énergie éolienne d’Haïti. Nous espérons que cela ne sera qu’une goutte d’eau dans l’océan, et que nous parviendrons ainsi à mobiliser une large contribution à l’indépendance énergétique à long terme d’Haïti, étant entendu qu’il n’y aurait aucune raison de faire de tels investissements si la capacité fait défaut. Je vous remercie, Rolando, et je demande au Gouvernement de mettre ces éoliennes en service le plus tôt possible.

La semaine dernière encore, nous avons reçu une annonce de contribution de deux millions de dollars de water.org et du célèbre acteur Matt Damon pour apporter un approvisionnement en eau et l’assainissement à 50 000 Haïtiens de plus. Habitat pour l’humanité a fait une annonce de contribution de près de cinq millions de dollars destinée à financer la construction de 1 500 logements familiaux dans deux villes détruites par les ouragans de l’an dernier et à assurer une meilleure construction de ces logements. La société Sunlight Solar, qui travaille en étroite collaboration avec ma Fondation, a offert de donner à 500 000 familles des régions rurales haïtiennes qui n’ont pas l’électricité un peu de courant dans la soirée pour que les mères puissent travailler et les enfants étudier sous la lumière. Deux millions et demi de personnes bénéficieront de cette action.

Il y a eu d’autres initiatives intéressantes. L’Organisation internationale du travail, se fondant sur le succès de son action qui a permis de doubler l’emploi dans l’industrie de l’habillement au Cambodge, fait une nouvelle fois équipe avec la Société financière internationale, dans le cadre de la campagne Better Works Haïti, pour répéter ici cette action, et ses représentants sont ici présents. Des représentants de certains géants de l’industrie du vêtement – Gap, Walmart, Levi’s – ont consenti à travailler avec les usines haïtiennes, l’OIT et le Gouvernement, pour faire en sorte que tous les vêtements et textiles soient conformes aux directives de l’OIT et que les droits des travailleurs soient respectés.

La compagnie Royal Caribbean, qui transporte à présent la plupart des touristes qui visitent chaque année Haïti, s’est engagée à amener ces touristes à la Citadelle, dans le cadre de ses activités à terre, et s’est également engagée à créer une nouvelle école qui sera située au Cap-Haïtien, administrée par la RCCL, le Ministère du tourisme et la chambre de commerce locale, et qui aura pour mission de former la population du nord d’Haïti à la gestion de l’industrie touristique. Elle fait en outre quantité d’autres choses, mais je n’ai pas le temps de tout évoquer. Je tiens simplement à lui exprimer ma gratitude. Cette compagnie fait un travail remarquable.

Cette semaine, Biotech et le Gouvernement haïtien ont signé un accord pour l’utilisation d’une raffinerie de sucre pour développer la production de sucre, stimuler l’activité agricole et créer des centaines de nouveaux emplois afin de doter Haïti de la possibilité de s’implanter sur le marché des biocombustibles. Nous voulons voir si nous pouvons le faire d’une manière qui aide à combattre la déforestation, non seulement en Haïti, mais aussi au Brésil, comme je l’ai déjà indiqué. Il se passe donc quantité de choses dans le pays. Je ne citerai plus qu’un autre exemple : l’entrepreneur irlandais Terry Cloune de taxback a entrepris de créer un nouveau central d’appel téléphonique à Port-au-Prince. Si nous pouvons avoir un tel central aux Etats-Unis fonctionnant depuis l’Inde et le Pakistan, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions en avoir un en Haïti. Ces centreaux emploient quantité de personnes dans un environnement sain. Je tiens donc à en remercier les promoteurs.

Laissez moi vous dire ceci : je m’engage envers vous tous, et envers vous en particulier, Madame le Premier Ministre : notre personnel et le personnel de la BID, j’en ai parlé au Président Moreno, s’engagent à vous assurer qu’ils maintiendront le contact avec chaque personnalité et chaque entreprise ici présentes qui désireraient que nous les aidions à finaliser un contrat. Ce que nous voulons, c’est savoir exactement ce que vous voulez que nous fassions, exactement ce qui vous paraît nécessaire de faire. Nous serons en mesure soit de vous trouver une aide, soit de vous demander si vous accepteriez d’apporter telle ou telle modification à votre projet, afin que nous puissions vous obtenir l’aide dont vous avez besoin.

Comme nous le faisons toujours, nous collaborerons très étroitement avec le Gouvernement haïtien. Cela est vraiment important, car nombreux sont ceux d’entre vous qui êtes venus ici pour voir ce qui se passe et déterminer si cette Opération Haïti est chose réelle ou si elle n’est qu’une simple affaire de publicité. Cette opération est réelle. L’un des moyens que nous avons d’en faire une réalité – la Banque interaméricaine de développement et notre bureau – c’est de prendre les actions qui ne peuvent être menées à leur terme et de travailler avec acharnement à leur aboutissement. Mais nous avons besoin de votre aide. Si vous voulez nous aider à mobiliser les fonds nécessaires, si vous voulez nous aider parce que vous pensez qu’il faudrait trop de temps pour obtenir l’approbation du gouvernement, si vous voulez nous aider parce que vous ne voyez pas comment arriver à bon port – quelles que soient vos questions, plus vous serez précis, et le plus rapidement vous le serez envers nous, plus il nous sera facile à tous de présenter au Gouvernement des solutions aux problèmes qui se posent. Tel est mon engagement envers vous, mais c’est un engagement que je ne pourrai tenir qu’avec votre aide.

Je vous remercie. Et que le spectacle commence !

FIN