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Les crises de l’eau en Amérique latine requièrent des investissements ambitieux et des alliances stratégiques, déclare le président de la BID

MEXICO – L’Amérique latine fait face à des crises de l’eau qui s’imbriquent et ont de vastes conséquences pour la santé, la sécurité alimentaire, les sources d’énergie renouvelable et la compétitivité des exportations, a déclaré aujourd’hui le président de la Banque interaméricaine de développement (BID), M. Luis Alberto Moreno.

« En Amérique latine, l’eau est plus intimement liée au développement que dans toute autre région du monde », a affirmé M. Moreno lors d’un exposé multimédia sur le thème, Des solutions latino-américaines à la crise de l’eau et de l’assainissement, présenté pour la première fois devant le Congrès de développement de l’Association internationale de l’eau (IWA) qui se tient ici du 15 au 18 novembre.

L’importance intersectorielle de l’eau en Amérique latine est apparue de façon plus évidente au cours des dernières années. Des sécheresses aux proportions historiques ont provoqué des pannes totales d’électricité, des pertes de récoltes, la faim et le rationnement de l’eau dans des pays aussi divers que l’Argentine, le Brésil, le Guatemala, le Venezuela et le Mexique.

Le Nicaragua et le Salvador ne se remettent pas encore des effets de l’ouragan Ida qui les a frappés la semaine dernière, soulignant ainsi les dommages susceptibles d’être causés par les catastrophes liées au climat, qui selon les scientifiques pourrait devenir plus fréquentes et plus sévères en raison du réchauffement de la planète.

Les glaciers andins, qui fournissent de l’eau à 70 millions de personnes, ont reculé de 30 % au cours des trois dernières décennies. Ces glaciers pourraient disparaître d’ici à l’année 2030.

Même si l’Amérique latine est à même d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies relatifs à l’accès de l’eau salubre, environ 85 millions de personnes dans cette région ne disposent toujours pas d’un branchement d’eau dans leurs maisons et 110 millions d’autres n’ont pas accès à des systèmes d’égouts adéquats. Près de 38 000 enfants meurent chaque année de maladies intestinales imputables à l’eau contaminée.

L’intervention de M. Moreno a coïncidé avec l’ouverture d’un sommet sur la sécurité de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture à Rome, au cours de laquelle les délégués s’expriment en faveur de l’objectif d’accroissement de la production alimentaire de 50 % au cours des 15 prochaines années. En décembre, les pays débattront des moyens de contrer le changement climatique lors d’un sommet des Nations Unies à Copenhague.

« En Amérique latine, tous ces problèmes tournent autour de l’eau », a renchéri M. Moreno.

Avantage comparatif

Si la gestion de l’eau pose d’énormes difficultés, cette ressource représente un avantage concurrentiel pour les économies d’Amérique latine et des Caraïbes, a ajouté M. Moreno. La région abrite 8 % de la population mondiale, mais détient 31 % de ses réserves en eau douce. L’eau fournit jusqu’à 68 % de l’électricité produite dans la région, contre 16 % en moyenne dans les autres régions du globe.

« Cet avantage hydraulique ne se manifeste pas uniquement dans le domaine de l’électricité », a précisé M. Moreno. « Nous savons tous que l’Amérique latine est un des plus gros producteurs de céréales au monde. Pourtant, peu de gens comprennent que nous nous sommes spécialisés dans des aliments qui nécessitent l’utilisation de grandes quantités d’eau ».

La région fournit 60 % des exportations mondiales de soja, 51 % des exportations de sucre et 50 % des exportations de bœuf. L’Amérique latine a une énorme capacitéinexploitéepour produire davantage car seulement 1 % de ses ressources sont utilisées pour la production agricole, contre 53 % au Moyen Orient et en Afrique du Nord.

La BID collabore avec plusieurs gouvernements à la mise en place de plans d’atténuation des effets du changement climatique et à la construction d’infrastructures pouvant résister à des intempéries plus graves.

Mais à court terme, Moreno a préconisé une nouvelle offensive pour combler le déficit de couverture de l’eau et de l’assainissement. « La question qui se pose ici n’est pas de savoir comment nous allons garantir ces services à 100 % de la population », s’est-il interrogé, « mais combien de temps il nous faudra pour le faire ».

Moreno a affirmé que des villes comme Monterrey au Mexique, Medellín en Colombie, Montero en Bolivie et São Paulo au Brésil ont mis au point des modèles efficaces qui ont montré que les opérateurs publics, privés et à capitaux mixtes ont développé des méthodes innovantes pour améliorer durablement l’accès à l’eau.

« Certains disent qu’il n’existe que des solutions mutuellement exclusives dans le débat sur l’eau, a indiqué M. Moreno ». « Secteur privé contre secteur public. Subventions contre prix du marché ».

« À la BID, nous ne partageons pas cette vision polarisée et conflictuelle de l’eau », a-t-il ajouté. « Nous avons appris que, dans ce secteur, la réussite ne tient pas à une option idéologique ou à un modèle économique donné ».

M. Moreno a reconnu que les investissements qu’il faudra réaliser pour combler le déficit de couverture dépassent $50 milliards. À cette fin, la BID a lancé en 2007 son Initiative sur l’eau et l’assainissement « en vue de donner une impulsion au secteur ».

Le geste historique de l’Espagne

Au cours des trois dernières années, la BID a approuvé plus de $4 milliards de financement pour la réalisation de projets dans le secteur de l’eau et l’assainissement qui ont profité à
30 millions de personnes au moins. Mais il faudra encore plus d’efforts, a souligné M. Moreno, en ajoutant que la Banque est en train de mettre en place des alliances stratégiques « à une échelle susceptible de changer la dynamique de ce secteur ».

M. Moreno a rendu hommage à l’Espagne, qui a promis en 2008 de faire don de $1,5 milliard pour la création d’un fonds destiné à améliorer les services d’eau et d’assainissement au profit des communautés les plus pauvres en Amérique latine et aux Caraïbes. M. Moreno a remercié l’Espagne pour ce geste « historique » envers la région et pour s’être joint à la BID en vue de mettre à profit le fonds pour cofinancer des projets dans 12 pays. À ce jour, la BID et l’Espagne ont annoncé ensemble des programmes à Haïti, en Bolivie et au Paraguay. Au total, l’Espagne et la BID mobiliseront $620 millions, dont $420 millions sont apportés par l’Espagne, pour la réalisation de projets en faveur de quatre millions de personnes.

 

M. Moreno a également remercié la Fondation mexicaine FEMSA qui a accepté de financer un programme de prix et de bourses d’études destiné aux professionnels de l’eau et de l’assainissement dans la région. Pendant le congrès de l’IWA, M. Moreno et le P-Dg de FEMSA, M. José Antonio Fernández Carvajal, ont présenté un nouveau prix récompensant des opérateurs qui ont excellé dans le secteur de l’eau et de l’assainissement en Amérique latine.