News banner image

Infos

Le développement par le dialogue
par Roger Hamilton

Lorsque l’on emprunte l’autoroute pan-américaine traversant l’Amérique centrale pour arriver dans la province du Darien au Panama, elle se transforme en une piste étroite et boueuse pour s’arrêter finalement dans la petite communauté de Yaviza. Au-delà se trouvent les forêts et voies navigables du fameux Fossé Darien, seule cassure du système autoroutier entre l’Alaska et la Terre de feu. Même s’il marque la fin de la route, le Darien est à l’avant-garde d’un effort mondial visant à réaliser le développement économique et social et à préserver un environnement naturel riche. Le toucan à la poitrine jaune(ci-dessus) et l'ara rouge, deux spécimens de la  biodiversité du Darién.

« Le Darien est un creuset où se fondent les populations éparses, un vaste territoire, une biodiversité variée et une infrastructure limitée » déclare José Manuel Pérez, Administrateur du Programme de développement durable du Darien. A l’aide d’un prêt de 70,4 millions de dollars de la Banque inter-américaine de développement, le programme démontre comment une série de projets bien choisis infrastructurels et productifs, conjugués à un niveau sans précédent de participation locale, peut maîtriser une évolution rapide.

En dépit des nombreux aspects du programme, la participation est son principe directeur. Dès le début la BID et le Gouvernement panaméen ont conclu que le programme ne pourrait réussir que dans la mesure où il avait l’appui de la population locale. Inversement, cette dernière ne donnerait son appui que si elle participait elle-même à sa conception et à sa réalisation.

Quoique chacun de ces éléments constitue une pièce essentielle du puzzle du développement du Darien, le programme irait bien au-delà des activités traditionnelles de construction de routes, aéroports, réseaux hydrauliques, réseaux de transport d’électricité, institutions de formation et de renforcement des capacités, gestion des ressources naturelles, protection de l’environnement, enregistrement des titres fonciers. L’enjeu véritable du programme consisterait à coordonner toutes ces activités tout en maintenant un dialogue constant avec les groupes communautaires, les organisations non gouvernementales, et les administrations locales de la province.

Un terrain miné de difficultés.   La situation du Darien, creuset visant au développement durable, est  extrêmement complexe et comporte de nombreux problèmes.

La plus grande province du Panama, le Darien possède également le taux de pauvreté le plus élevé du pays et de loin le taux de déboisement le plus important. La poussée démographique est principalement responsable de cette situation—le taux annuel de croissance de 4,5 %, également le plus élevé de la nation, a abouti au cours des 20 dernières années au triplement de la population de la province qui se monte à 60 000 personnes.

Au fur et à mesure des nouvelles arrivées, la concurrence pour la terre et les ressources déclenche des conflits. La plupart des nouveaux arrivants sont des colons hispanophones venant d’autres régions du pays. Leurs aspirations à la terre et à de meilleures conditions de vie vont souvent à l’encontre des intérêts des communautés autochtones, qui sont elles-mêmes déjà bien organisées et qui n’hésitent pas à exprimer leur opinion.

Les afro-hispanophones qui constituent la population prédominante des communautés littorales, voient leur économie dépendante de la pêche menacée par les gros bateaux de la ville de Panama.

Le risque de trouble augmente avec les effets de retombées du conflit civil en Colombie. Les titres des journaux font couramment état d’incursions au-delà de la frontière à la fois par les rebelles et les réfugiés. Et les trafiquants de drogue utilisent fréquemment les sentiers forestiers et les cours d’eau éloignés du Darien.

Enfin, il y a des conflits sur le plan de l’environnement. Même si la majorité des arbres de valeur ont été « éliminés » des forêts il y a des années, on continue à défricher la terre pour les pâturages et les cultures. Les forêts qui restent, principalement sur des terres autochtones et dans le Parc national du Darien, constituent néanmoins un lieu de rencontre particulier pour les plantes et animaux du Nord et du Sud. La biodiversité remarquable de la région a valu au Parc national du Darien d’être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial et le Programme sur l’homme et la biosphère de l’UNESCO.

Exemple international.  A peine de retour du Sommet mondial des Nations Unies sur le développement durable qui s’est tenu à Johannesburg (Afrique du Sud), l’Administrateur du Programme du Darien, M. Pérez, a déclaré aux délégués qu’il était surpris de constater que son programme avait peu d’équivalent dans le reste du monde.

« Les personnes que j’ai rencontrées ont été impressionnées par la complexité de ce que nous tentons d’accomplir », a-t-il déclaré.  « Je leur ai expliqué que ce que nous faisons pour renforcer la capacité des locaux à exprimer leurs propres besoins, représente l’aspect du programme dont je suis le plus fier. » Même avant que la BID ait approuvé le financement du projet, environ 45 ateliers qui ont donné lieu à bon nombre de composantes spécifiques ont été organisés dans toute la province.

Bienvenue au Darién.

A ce jour, le suivi des progrès est assuré par un Comité consultatif local (CCL) composé de près de 80 représentants d’organisations communautaires, groupes autochtones, agences gouvernementales et ONG. En outre, 29 comités locaux, un pour chacune des unités administratives de la province, assurent également le suivi des travaux en cours.

Dans la province proprement dite, le programme est basé dans la communauté en expansion de Metetí. Là, Edwin Ramírez, coordonnateur du CCL, a reconnu que le programme souffrait de retards dans l’exécution des réseaux hydrauliques, ponts, électrification rurale, postes sanitaires, et autres travaux, en partie du fait des difficultés à coordonner les travaux des nombreuses agences gouvernementales. D’importants progrès ont toutefois été réalisés, a déclaré Ramirez, et non des moindres : « Le Darien n’est plus la province abandonnée ». « Lorsque l’Etat et la BID investissent 88 millions de dollars dans le Darien, c’est là un signe très important. »

Le niveau sans précédent de consultation communautaire s’est également étendu aux plans national et international. Un comité consultatif s’est réuni huit fois, à Panama et à Washington, D.C., pour examiner les orientations générales visant à réconcilier les progrès économiques et sociaux avec la conservation de l’environnement. Les membres nationaux du comité représente le Gouvernement, l’Eglise catholique, les groupes non gouvernementaux et les communautés autochtones.  Les membres internationaux sont notamment des représentants de haut niveau du Natural Conservancy, du Smithsonian Institution, de l’Union internationale pour la conservation de la nature et de la Commission d’Amérique centrale pour l’environnement et le développement.

Une épée à double tranchant.  Si la participation des citoyens est au cœur du programme, sa physionomie est celle d’une route, notamment le revêtement de 196 km de l’autoroute pan-américaine qui se termine à Yaviza.  Au rythme d’un kilomètre et demi par jour, 37 km ont été revêtus jusqu’à présent.  Les membres des communautés locales assurent le suivi des travaux.

Conçu comme un simple projet d’ingénierie, la route aurait été une épée à double tranchant profitant à certains tout en laissant de nombreux besoins insatisfaits et causant une destruction indirecte massive de l’environnement.  Le principal objectif du programme est de veiller à ce que cette situation ne se produise pas.

Le coordinateur Ramírez : "Nous ne sommes plus abandonnés."

Dans de nombreux cas, une stricte application des réglementations existantes s’impose.  Par exemple, une entreprise qui a construit une route latérale a reçu une amende pour dommages à l’environnement.  Quand l’entreprise a demandé comment supprimer l’amende, la réponse a été que quiconque occasionne des dommages à l’environnement doit en payer le prix.  Un autre moyen de contrôler l’impact de la route consiste à délimiter les parcs et les comarcas autochtones, et à donner des titres aux propriétaires des terrains.  Au cours de l’année écoulée, 32 000 hectares de terres de la région d’Alto Bayano, (en dehors de la Province du Darien, mais incluse dans le projet) ont été délimités et des titres de propriété ont été accordés.  La prochaine étape du programme visera 400 000 hectares de plus dans la Province du Darien elle-même.

Les travaux routiers ne peuvent être poursuivis que lorsque les différends relatifs à la terre sont résolus. La plupart des conflits—dont certains violents—se rapportent à des empiètements sur des terres réservées aux groupes autochtones.  A la fois, les nouveaux occupants et les groupes autochtones peuvent citer la loi panaméenne à l’appui de leurs positions.

« Devrions-nous, les 3 000 habitants que nous sommes, aller confronter les nouveaux occupants et nous battre entre nous ? » demande le dirigeant Kuna Pedro Esquivel. « Nous ne devrions pas.  Nous sommes fatigués de tout cela.  C’est au Gouvernement de régler les différends. »

Une partie de ce travail délicat revient à un médiateur engagé par le Programme du Darien pour dégager un consensus entre bénéficiaires.  La tâche peut être complexe et frustrante.  Dans un cas, les Kunas et les nouveaux occupants étaient sur le point de signer un accord, mais à la dernière minute, les négociateurs Kuna ont décidé de consulter leur congrès.  Ensuite, après un deuxième tour de négociations, les Kunas ont dit qu’ils ne prendraient pas de décision finale sans avoir parlé directement au Président panaméen.

Les routes — et pas seulement la route principale — sont toujours un élément du dialogue entre les communautés locales et le programme.  De nombreux membres du Comité consultatif local insistent sur le fait que le programme finance des « routes de production ».  Ils font attention à ne pas les appeler routes d’accès ou routes de pénétration, ce qui soulèverait la colère des écologistes préoccupés par la responsabilité qu’ont les routes dans la création de nouvelles zones d’occupation et la destruction accrue des forêts.

Les populations locales considèrent ces routes essentielles pour emmener leurs cultures au marché pendant la saison des pluies lorsque les sentiers coupés d’ornières se transforment en rigoles de boue.  De meilleures routes pourraient également amener les enfants à l’école, les personnes malades aux dispensaires, et les fournitures et matériaux aux consommateurs.

« Nous les agriculteurs sommes appelés les spoliateurs parce que nous coupons, brûlons et plantons » dit le secrétaire du CCL Horacio Gonzalez. « Mais nous voulons changer la façon de cultiver et, pour cela, nous avons besoin de routes de production. » Il soutient que plutôt que de nuire à l’environnement, les routes permettraient aux agriculteurs d’intensifier la production sur de petites superficies—élever le bétail sur des pâturages améliorés par exemple.

Avec ou sans routes de production, le développement excessif sera empêché — du moins en principe—par l’aménagement et la gestion des terres. Le programme finance un plan global pour les zones critiques de la région, et les propriétaires apprennent à faire des plans pour leurs propriétés individuelles qui laisseraient environ 30 % à la forêt.

Le système de gestion est déjà testé dans la région de Petén au Guatemala dans le cadre d’un autre programme financé par la BID, et un groupe de résidents du Darien ont déjà rendu visite à leurs homologues de Petén pour examiner la situation de plus près.

Un artisanat méticuleux à Puerto Lara.

Des paniers au tourisme. La participation communautaire est également devenue le sujet principal lors d’une visite à Puerto Lara, communauté indigène dans la Comarca d’Emberá-Woonaán.  Les visiteurs sont venus pour parler de la fabrication de paniers pour lesquels les femmes sont réputées.  Leurs paniers finement tressés, décorés de motifs intriqués apparaissent sur plus de 100 pages d’Internet et se vendent jusqu’à plusieurs centaines de dollars. Un consultant, dont le salaire est payé par le programme, leur a donné des conseils sur la façon de diversifier leurs produits et de conserver les plantes dont elles extraient les fibres.  « Nous les aidons à mieux faire ce qu’elles font déjà » explique María Vásquez, la coordinatrice communautaire du Programme.

Mais le thème dont les villageois voulaient vraiment parler était le tourisme. Plus de 200 touristes ont déjà visité le village cette année et 70 de plus devraient le faire en octobre.  Ils veulent l’aide du programme pour former des guides et améliorer l’infrastructure. Le tourisme ne s’inscrivait pas dans le programme original.  « Mais nous avons l’intention de le prendre en considération » a dit Vásquez aux membres de la communauté.

Le dialogue entre le programme et les communautés se poursuit dans le village de pêche isolé de Garachiné, sur la Baie de San Miguel. Ce riche écosystème marin abrite non seulement un grand nombre d’espèces mais il constitue également un pôle d’attraction pour les pêcheurs de crevettes commerciaux. Un inventaire des ressources halieutiques servira de base à un plan de gestion de nature scientifique.

Demetrio Olaciregui, l’expert en communications du programme, saute agilement de son petit bateau sur la rive sans se mouiller les pieds et explique que Garachiné aura bientôt un nouveau quai.  Les quais et les ports ont également été inscrits à l’ordre du jour du programme pour la capitale provinciale de La Palma et deux autres communautés.

Vásquez, la coordinatrice de la communauté : " Envoyez-nous une proposition."

Les pêcheurs de Garachiné qui pendant longtemps ont vécu au jour le jour, dépendant de leurs petites embarcations en bois et de leurs stocks halieutiques chimériques, n’apprécient pas actuellement les nouvelles législations régissant la taille des sennes et des périodes d’interdiction de pêche.

Actuellement, la pêche n’est pas bonne. « Les sardines ont disparu » dit Pedro Mena, Président de l’organisation locale des pêcheurs, « et le gros poisson a disparu par la même occasion ».

Mais lorsque le poisson reviendra, les pêcheurs locaux seront en mesure de pratiquer les nouvelles connaissances qu’ils auront acquises dans le cadre d’une série d’ateliers parrainés par le programme. Par exemple, des techniques simples de navigation leur permettront de s’aventurer plus loin, de consommer moins de carburant et de rentrer chez eux plus rapidement.  L’apprentissage de l’entretien des moteurs hors bord leur permettra de nettoyer eux-mêmes leurs filtres à gaz et ne plus avoir à attendre de l’aide alors qu’ils sont immobilisés en haute mer.

Ils apprennent également à devenir de meilleurs hommes d’affaires.  « Avant nous ne calculions jamais combien nous dépensions en temps et en carburant » dit Mena. « Maintenant nous saurons si nous perdons de l’argent ou si nous faisons un bénéfice. »

Mais il reste de gros problèmes, dit Mena, alors qu’Olaciregui sort son carnet pour prendre des notes. Tout d’abord, les pêcheurs ont besoin davantage d’ateliers, dit-il, pour « assurer la continuité ». Ils ont également besoin d’une installation de stockage des poissons pour conserver leurs prises pour les acheteurs.

Un mérou de belle taille et un heureux pêcheur à Garachiné.

Demetrio Olaciregui, l’expert en communications du programme, saute agilement de son petit bateau sur la rive sans se mouiller les pieds et explique que Garachiné aura bientôt un nouveau quai.  Les quais et les ports ont également été inscrits à l’ordre du jour du programme pour la capitale provinciale de La Palma et deux autres communautés.

Les pêcheurs de Garachiné qui pendant longtemps ont vécu au jour le jour, dépendant de leurs petites embarcations en bois et de leurs stocks halieutiques chimériques, n’apprécient pas actuellement les nouvelles législations régissant la taille des sennes et des périodes d’interdiction de pêche.

Actuellement, la pêche n’est pas bonne. « Les sardines ont disparu » dit Pedro Mena, Président de l’organisation locale des pêcheurs, « et le gros poisson a disparu par la même occasion ».

Mais lorsque le poisson reviendra, les pêcheurs locaux seront en mesure de pratiquer les nouvelles connaissances qu’ils auront acquises dans le cadre d’une série d’ateliers parrainés par le programme. Par exemple, des techniques simples de navigation leur permettront de s’aventurer plus loin, de consommer moins de carburant et de rentrer chez eux plus rapidement.  L’apprentissage de l’entretien des moteurs hors bord leur permettra de nettoyer eux-mêmes leurs filtres à gaz et ne plus avoir à attendre de l’aide alors qu’ils sont immobilisés en haute mer.

Ils apprennent également à devenir de meilleurs hommes d’affaires.  « Avant nous ne calculions jamais combien nous dépensions en temps et en carburant » dit Mena. « Maintenant nous saurons si nous perdons de l’argent ou si nous faisons un bénéfice. »

Mais il reste de gros problèmes, dit Mena, alors qu’Olaciregui sort son carnet pour prendre des notes. Tout d’abord, les pêcheurs ont besoin davantage d’ateliers, dit-il, pour « assurer la continuité ». Ils ont également besoin d’une installation de stockage des poissons pour conserver leurs prises pour les acheteurs.

Ensuite, il rencontre Gabriela Córdoba, Présidente d’un groupe de femmes dont les membres ont participé à des cours sur la préparation de nouveaux produits à partir du poisson. Les femmes ont appris à faire des croquettes et des boulettes de poisson, dit Córdoba, mais elles ont besoin d’un mixeur et d’un hachoir de taille commerciale et d’un congélateur pour démarrer effectivement la production. Le programme pourrait-il les aider ?

La problématique du parc. Alors qu’une grande partie du Darien évolue rapidement, un tiers environ de la superficie de la province demeure vierge et le restera. Il s’agit du Parc national du Darien, étendue de 559 000 hectares qui longe la frontière avec la Colombie.

Plus grand parc national d’Amérique centrale, c’est également un des moins développés et des moins visités.  Il faut plusieurs heures par embarcation à moteur (si les bancs de gravier ne sont pas trop en surface ou si les arbres tombés ne bloquent pas la voie) suivies d’une marche de deux heures le long de sentiers montagneux boueux pour atteindre le poste de garde et le dortoir les plus proches.  

Le parc pourrait être un atout extraordinaire pour la province et le pays.  Sa faune et sa flore très diverses—en particulier les oiseaux—pourraient attirer les touristes du monde entier, créer des possibilités pour l’écotourisme, et des emplois de guides, de personnel de service, bateliers, cuisiniers et beaucoup d’autres.

Mais dans les conditions présentes—accès difficile, installations pratiquement inexistantes, violence potentielle et débordements civils au- delà de la frontière—le parc offre plus d’aventures que n’en voudraient les touristes.

Le besoin le plus urgent est un plan de gestion actualisé, projet actuellement en cours au titre du programme financé par la BID. Le plan comprendra un apport des populations autochtones qui vivent dans le parc ou à ses abords, apport recueilli dans les ateliers tenus dans huit communautés, également dans le parc ou à ses abords.

« Ils ont discuté de la façon dont ils coexisteraient avec le parc », dit le Directeur du Parc Francisco Arturo Tang. « Ils sont enthousiasmés par le nouveau plan » dit-il, ce qui est normalement le cas dans ce genre de circonstances.  Mais il explique que toute restriction aurait un impact minimal sur les populations locales parce qu’elles ne défrichent pas la forêt pour élever du bétail et que la chasse de subsistance peut être poursuivie sans menacer les populations animales. De plus, dit-il, les gens auront leur mot à dire dans la réglementation de la chasse et de la pêche. Les gens diront : « Si c’est à moi, je dois m’en occuper », dit Tang.

Le directeur du parc, Tang: " Les populations locales devraient cogérer le parc."

Il espère même que les membres de la communauté collaboreront à la surveillance. « Mon rêve, dit-il, serait que les populations locales assurent la cogestion du parc. »

Bien que le parc dispose maintenant de 18 gardiens à quatre postes de garde — alors qu’il n’en avait que cinq l’année dernière —  ils ne sont même pas en mesure de commencer à contrôler une superficie aussi vaste. Néanmoins, leurs efforts sont récompensés de temps à autre, en particulier lorsqu’ils vont en patrouille nocturne et que les braconniers sont loin de les attendre. A l’occasion, ils reçoivent des touristes qui dorment dans un dortoir au poste de garde.  Mais dans leur majorité, les gardiens se plaignent de leur condition, des communications limitées, du manque d’approvisionnement de base (tels que bottes et  uniformes) qui restreignent leur efficacité.

Politiques et progrès. Bien que le Programme du Darien soit un modèle, il ne peut être parfait.  Les problèmes sont trop importants. « Le développement durable demeure toujours un concept théorique qui doit être défini sur le terrain » dit l’Administrateur M. Pérez. L’encadrement personnel par le Ministre des Finances Norberto Delgado a largement contribué à l’avancement du programme, mais garantir la coopération de tous les acteurs est toujours problématique.  

Par exemple, un problème récurrent du Darien est celui des dommages routiers provoqués par les camions surchargés.  Une station de pesage a été construite pour réglementer les camions mais le Ministère des Transports ne dispose pas des fonds pour recruter et former les trois personnes chargées de l’exploitation.  Le programme a offert de payer leur salaire mais le Ministère doit assurer leur formation.

Les relations avec les communautés locales constituent un autre problème. De nombreux techniciens n’ont pas les qualifications requises en matière de communications pour traiter avec les populations locales. De plus, même dans les meilleurs circonstances, ils se trouvent dans une position difficile.  « Le Ministère fait pression sur eux pour que le travail soit fait et les communautés font des demandes qui ralentissent les choses » dit Maria Vasquez, « et eux, sont pris entre les deux ». 

Le charme des sentiers.

Les populations locales peuvent également partager la responsabilité de nombreux problèmes de leur province. Par exemple, elles doivent protéger les bassins versants et réparer les fuites des systèmes d’eau potable pour conserver les ressources en eau.

De préférence, dit Perez, le programme aurait résolu les plans de gestion et de conservation de l’occupation des sols avant de s’attaquer aux routes et autres infrastructures. Mais, explique-t-il, la politique a rendu cet objectif impossible. « Les gens voulaient voir des résultats », dit-il.  Malgré les difficultés courantes, nous offrons des résultats, et l’un des plus visibles est la route. Mais notre message consiste à dire qu’il ne s’agit pas d’un projet routier.  Il s’agit d’un moyen entièrement nouveau de faire progresser une région. »