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Semer l'espoir en Amérique centrale

Les scientifiques de quatre centres de recherche agricole de renommée mondiale apporteront leur concours aux agriculteurs honduriens et nicaraguayens au cours des deux prochaines années dans le cadre d'un programme innovant baptisé « Semer l'espoir en Amérique centrale ».

Le programme vise à remettre en état les moyens de production des localités sinistrées par le cyclone Mitch en octobre dernier. Il cherchera à reconstituer les stocks de semences qui ont été dégarnis par l'ouragan et à enseigner des techniques agricoles raisonnées et respectueuses de l'environnement qui permettront à la fois d'accroître la production de denrées et de rendre les agriculteurs moins vulnérables aux catastrophes naturelles.

De l'avis des spécialistes, le cyclone Mitch aurait détruit 70 % des cultures vivrières de base au Honduras et au Nicaragua. Le maïs et le haricot, qui sont les deux plus grandes cultures vivrières dans l'un et l'autre pays, ont subi des dégâts énormes, tout comme la pomme de terre et le plantain. La tempête a emporté une quantité incalculable de terre arable, rendant beaucoup de parcelles stériles, et elle a envasé des cours d'eau essentiels pour l'irrigation et la production d'énergie hydroélectrique. En outre, elle a anéanti environ 80 % des cultures commerciales axées sur l'exportation (par exemple banane, café, tabac) au Honduras et au Nicaragua, qui procuraient tant d'emplois et de revenus dans les régions agricoles pauvres.

La menace des migrations. Bon nombre des gros agriculteurs pourront obtenir des financements privés pour reconstituer leurs moyens de production, mais ceux qui pratiquent une agriculture de subsistance, eux, n'ont pas les moyens de se réapprovisionner en semences, de racheter des engrais et d'autres facteurs de production. « Faute d'intervention rapide visant à rétablir la production alimentaire, le Nicaragua et le Honduras feront face non seulement à des problèmes majeurs de nutrition et de santé publique mais aussi à des difficultés socio-économiques qui seront lourdes de conséquences pour l'ensemble de la région », a affirmé Grant Scobie, directeur général du Centre international d'agriculture tropicale (CIAT) en Colombie. Privés de leurs moyens de subsistance, des milliers de petits agriculteurs pourraient être contraints de migrer vers la ville ou vers des pays limitrophes, a-t-il ajouté.

Outre le CIAT, le projet Semer l'espoir mobilise des chercheurs du Centre international d'amélioration du maïs et du blé (CIMMYT) au Mexique, du Centre international de la pomme de terre (CIP) au Pérou et de l'Institut national des ressources génétiques végétales (IPGRI) en Italie. L'agence USAID et l'Agence canadienne de développement international y apportent leur concours financier.

La première priorité du projet est de pallier la pénurie de semences pour les cultures vivrières de base qui sont adaptées aux conditions au Honduras et au Nicaragua, étant donné que le cyclone a détruit la plupart des stocks. En janvier dernier, des chercheurs du CIAT et du CIMMYT ont recensé et mis à disposition des « semences de base » et les ont fait planter sur divers sites dans les deux pays. Cette culture ne sera pas récoltée à des fins alimentaires. Elle servira plutôt à produire des quantités plus grandes de semences qui seront distribuées aux petits agriculteurs au printemps. Les chercheurs espèrent que ces semences combleront la plupart des besoins du Honduras en maïs et environ 33 % des besoins du Nicaragua.

Des cultures plus robustes. Pour que les agriculteurs aient moins recours aux pesticides, qui coûtent cher, le projet s'attache aussi à encourager la culture de variétés hybrides mises au point par le CIMMYT et le CITA, qui résistent naturellement aux maladies et aux parasite, entre autres. Ces efforts consistent aussi à mener une campagne visant à réintroduire la patate douce, qui est originaire du Nicaragua mais qui n'y est plus cultivée. En collaborant avec des organismes publics et des organisations locales, les chercheurs de ces centres enseigneront aux agriculteurs à intercaler patate douce et maïs dans un même champ. C'est une pratique qui s'est révélée utile dans la lutte contre l'érosion en Chine. Comme la patate douce pousse sous terre, elle maintient le sol en place, nécessite peu d'engrais et a une bonne teneur en vitamine A. Au Honduras, les chercheurs du CIP aideront à remplacer les variétés de patate douce qui ont été perdues à la suite du passage du cyclone en utilisant une technologie semencière innovante.

Les patates se multiplient végétativement par plantation de tubercules. Mais le transport des tubercules, qui sont encombrants, périssables et chers, est malaisé dans les pays où les infrastructures de transport sont médiocres. Les chercheurs du CIP ont donc mis au point ce qu'il est convenu d'appeler une « véritable semence de patate » qui coûte seulement 20 ou 30 dollars par hectare cultivé, contre environ 1 500 dollars pour la plantation de tubercules. Les agriculteurs au Honduras ont d'ores et déjà commencé à utiliser les semences l'an dernier, avant le passage du cyclone. Aujourd'hui, le programme Semer l'espoir s'efforcera de distribuer de nouvelles semences et des matériels de formation dans tout le Honduras.

Le projet aidera aussi à mettre au point des indicateurs qui détermineront les zones dans lesquelles de nouvelles dégradations sont les plus susceptibles de survenir. Les scientifiques liés au projet aideront ensuite les agriculteurs dans ces zones à adopter des techniques agricoles modernes qui amélioreront l'aménagement du territoire et le rendement des cultures. « C'est la seule façon d'empêcher des conséquences catastrophiques semblables de survenir à nouveau, assure Scobie du CIAT. L'une des raisons pour lesquelles les catastrophes naturelles ravagent tant les pays en voie de développement, c'est que la pauvreté et le mauvais aménagement exercent des contraintes sur la terre. Déjà, nous constatons que dans les zones où les agriculteurs nicaraguayens et honduriens avaient bien aménagé les terres avant le passage du cyclone, les dégâts ont été moins importants. »