Edilma Escobar, mère de trois enfants entre 6 et 15 ans, est un micro-entrepreneur type.
Après avoir travaillé de nombreuses années comme marchande ambulante à Aguablanca, un arrondissement de la ville colombienne de Cali comptant environ 420 000 habitants, Escobar s’est débrouillée pour louer une petite maison qui forme un angle dans le quartier Poblado 1. C’est là qu’elle a installé une petite épicerie et commencé à vendre des poulets et des légumes. Comme ces produits n’étaient pas disponibles dans d’autres épiceries locales, Escobar s’est constituée une clientèle restreinte mais fidèle.
Ce commerce fait vivre sa famille et a même généré assez de liquidités pour permettre au couple de verser un acompte pour l’achat de la maison où se trouve le magasin. Comme le montant de leur dette est important, l’argent qui leur reste chaque mois est investi dans le paiement de leur hypothèque. « Nous devons vraiment limiter nos dépenses », explique Escobar. « Nous avons juste assez d’argent pour nous en sortir, et cela durera jusqu’à ce que nous finissions de rembourser la maison. »
Escobar fait partie des chanceuses. Environ 7 000 commerçants rivalisent pour attirer les clients d’Aguablanca. Des magasins d’alimentation, des épiceries générales, des cafés-glaciers, des petits restaurants et des ateliers de réparations poussent comme des champignons dans tout l’arrondissement qui s’est agrandi en raison de l’afflux de familles ayant quitté des zones rurales pour cause de difficultés économiques ou d’actes de violence. Bon nombre de ces micro-entrepreneurs sont inexpérimentés et ont des difficultés sur les plans administratif et organisationnel, et en matière de gestion financière.
La gestion des stocks est habituellement une source de problèmes. S’ils n’ont pas à concurrencer les supermarchés qui se trouvent dans les quartiers prospères de la ville, par contre les micro-entrepreneurs doivent faire face à des coûts supérieurs de transport et de distribution. Pour maintenir des coûts d’entreposage peu élevés, les propriétaires stockent une gamme limitée de produits qu’ils achètent en petites quantités. « Comme mon capital est limité, je ne peux pas acheter tout ce que les gens me demandent, et malheureusement cela se retourne contre moi, car si un client demande un article que je n’ai pas en stock, il ne reviendra pas », explique E. Escobar.
Les commerçants ont également du mal à se maintenir au courant des besoins du consommateur. En raison de la multiplicité des transactions entre fabricants, grossistes et commerçants, associée au manque d’informations fiables sur ce que les habitants d’Aguablanca achètent ou voudraient acheter, il est presque impossible d’anticiper la demande et de planifier en conséquence.
Bien que l’indépendance et l’initiative personnelle soient des traits de caractère essentiels pour un micro-entrepreneur, ils peuvent parfois constituer un frein à la collaboration dans des domaines clés pour ce type de travail. La majorité des commerçants ne bénéficient pas de prestations sociales, comme une assurance maladie ou un régime de retraites privés, par exemple. À l’heure actuelle, les micro-entrepreneurs indépendants ont uniquement accès à l’assurance maladie subventionnée qui offre des avantages très limités. S’ils s’associaient de manière formelle, ils pourraient bénéficier des prestations de la sécurité sociale qui sont actuellement réservées aux travailleurs disposant de plus de deux salaires minima.
En raison de tous ces obstacles, les deux premières années de la vie d’un commerce peuvent être extrêmement difficiles pour les micro-entreprises. Pendant cette période, un grand nombre d’entre elles mettent la clef sous la porte.
Un coup de main. Pour aider les micro-entrepreneurs à surmonter cette phase, la Fundación Carvajal à but non lucratif gère depuis 1985 des centres de services aux entreprises à Aguablanca. Trois centres offrent toute une gamme de services aux micro-entrepreneurs : des succursales d’institutions de micro-financement comme Women’s World Banking et Banco Caja Social ; du matériel de bureau comme des ordinateurs et des machines à photocopier ; « des antennes d’approvisionnement » pour les magasins de quartier ; et des entrepôts de matériaux de construction pour améliorer les locaux.
Ces centres sont devenus une importante bouée de sauvetage pour les 7 000 commerçants d’Aguablanca. Près de 3 500 d’entre eux achètent régulièrement un pourcentage élevé de leurs marchandises à ces centres. Myriam Jaramillo s’est inscrite à une de ces antennes d’approvisionnement parce qu’elle stocke tous les articles qu’elle vend dans son épicerie. Elle assiste également aux réunions des commerçants qui ont lieu chaque mois au centre. « C’est un avantage pour moi, étant donné que c’est la première fois que je suis propriétaire d’un magasin et que je dois apprendre beaucoup de choses », explique-t-elle.
La Fundación Carvajal offre également une formation et des conseils d’ordre administratif aux micro-entrepreneurs, en vue de les aider à accroître leur productivité et à faire progresser leur affaire. Le programme permet aux commerçants de comprendre les rouages du commerce de détail, d’améliorer leur capacité à planifier et à s’organiser, les aide à établir leur propre salaire, à contrôler les coûts, à obtenir des crédits et à stimuler leur croissance.
Elena Lozano, la fière propriétaire d’un des magasins les plus fréquentés de son quartier, sait parfaitement que le succès à long terme de son négoce dépend de sa persistance et de l’intérêt qu’elle porte à sa formation. C’est pourquoi elle assiste régulièrement aux cours ayant trait à la gestion administrative et à la comptabilité et s’efforce d’offrir un service à chaque fois meilleur à ses clients, avec lesquels elle fait preuve de beaucoup de patience, déclare-t-elle. Dans un secteur très compétitif où les marges de rentabilité sont minimes, les ventes brutes sont essentielles. Grâce à son dévouement, il y a des jours où Elena peut toucher des revenus équivalant à environ 130 dollars. Parfois épuisée de fatigue, elle voudrait bien avoir la possibilité de se reposer, d’aller en famille à la piscine ou dans un parc pour se divertir. « Je pense que prochainement nous pourrons faire cela », dit-elle avec conviction.
Cet article est l’ adaptation d’une version plus longue qui est parue dans le magazine Microenterprise Americas, qui est publié annuellement par la Division des micro, des petites et moyennes entreprises à la BID.