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Des leaders des régions montagneuses boliviennes gardent leurs traditions andines au sein de leurs administrations locales.

POINT DE VUE
Des protestations à une législation
Autrefois en marge de la société latino-américaine, les groupes indigènes sont en train de prendre une place de plus en plus importante sur la scène politique régionale

Par Charo Quesada

À l’occasion des élections présidentielles de l’année passée en Équateur, le candidat Lucio Gutiérrez a remporté une portion décisive des votes quand il s’est assuré le soutien du mouvement indigène Pachakutik. Nommé pour le roi Inca Pachacutec (« réformateur du monde » en quechua), le mouvement Pachakutik détient à présent douze sièges sur 100 au Congrès et contrôle environ 10 % des municipalités du pays. D’après de nombreux observateurs, Gutiérrez n’aurait pas pu gagner l’élection sans le soutien du Pachakutik.

En Bolivie, le principal mouvement d’opposition, appelé Mouvement vers le socialisme (MAS en espagnol), a une délégation de 35 députés et sénateurs qui comprend 22 législateurs indigènes. Le Congrès bolivien compte également six membres du mouvement indigène Pachakuti (MIP) dirigé par Felipe Quispe. Très connu sous le nom de Mallku (condor en langue aymara), Quispe est également le président de la puissante confédération des ouvriers agricoles. Dans un Congrès composé de 157 membres, les législateurs indigènes constituent à présent un bloc suffisamment important pour faire passer ou rejeter une proposition de loi.

À une échelle moins grande, des milliers de leaders indigènes au Pérou, au Chili, au Brésil, en Colombie, au Guatemala, au Mexique et dans d’autres pays latino-américains, utilisent la politique électorale pour défendre les intérêts de leurs communautés, qu’ils soient législateurs, gouverneurs ou maires.

Cet activisme politique tranche vivement avec la situation qui existait il y a 20 ans, lorsque la plupart des pays de la région commençaient à émerger de décennies de dictatures oppressives. À cette époque, les mouvements indigènes protestaient et manifestaient pour attirer l’attention sur le pénible sort des populations indigènes qui souffrent de la pauvreté de manière disproportionnée. Le manque de confiance ensemencé par des années de négligence et de discrimination sans réserve a poussé ces populations à refuser de former des alliances avec des partis politiques traditionnels. Par ailleurs, la simple idée que des candidats indigènes puissent accéder à un poste élevé dans la fonction publique était impensable.

Aujourd’hui, bien que les protestations soient toujours un outil populaire pour imposer le changement, les groupes indigènes se distinguent en tant qu’acteurs sophistiqués au sein du système politique traditionnel. Ayant démontré qu’ils peuvent présenter des candidats éligibles, ces groupes ont utilisé de manière efficace les médias et le processus législatif pour amener des changements dans des domaines aussi variés que les droits à la terre et à l’eau, l’éducation, les soins de santé et l’environnement.

Anne Deruyttere, chef de l’Unité des peuples indigènes et du développement communautaire à la BID, explique que le programme politique des groupes indigènes est devenu de plus en plus ambitieux. Ils ne veulent plus être regroupés avec d’autres groupes défavorisés, comme les enfants ou les handicapés. « Les communautés indigènes réclament leur autonomie quant à la gestion de leurs propres affaires », avance-t-elle. « Ils réclament le droit à leurs propres identité et culture. »

Reconnaître leurs droits. A. Deruyttere indique que ces dernières années, de nombreux pays de la région ont fait des progrès considérables en ce qui concerne la protection des droits des peuples indigènes. À l’heure actuelle, douze pays de la région reconnaissent ces droits explicitement, d’une manière ou d’une autre, et diverses lois concernant cette question ont été approuvées. La BID surveille les progrès accomplis dans ce domaine au moyen d’une grande base de données qui a été établie par le service de A. Deruyttere et qui compile toute la législation et les constitutions relatives aux questions indigènes en Amérique latine et dans les Caraïbes. Les données sont ventilées en 22 variables qui facilitent les études comparatives.

D’autres organisations s’efforcent d’incorporer les droits indigènes au droit international. L’Organisation des États américains a proposé une Déclaration américaine sur les droits des peuples indigènes et les Nations Unies sont en train de rédiger une convention similaire. Les Nations Unies ont également créé un Forum permanent sur les questions indigènes qui se réunit périodiquement à New York pour travailler sur des thèmes comprenant l’information, la santé, les droits de l’homme, le développement, l’éducation, la culture, la jeunesse et les enfants.

Un marché indigène au Guatemala.

Soutien de la BID. La Banque a apporté un soutien actif aux populations indigènes depuis les années 80. Initialement, elle a privilégié les programmes d’atténuation et d’indemnisation conçus pour s’assurer que les projets de développement n’allaient pas pénaliser les communautés indigènes. « En 1994, avec la Huitième reconstitution des réserves (au moment où les ressources de la Banque ont été augmentées et leur utilisation révisée), la BID a agi en amont », explique A. Deruyttere. « Elle a reconnu l’héritage culturel indigène et le rapport unique de ces peuples avec l’environnement. Elle a également reconnu les peuples indigènes comme des groupes contribuant au développement et en bénéficiant également. » À la fin de l’année 2002, les projets ciblant les groupes indigènes en tant que bénéficiaires et participants représentaient plus de 20 % du portefeuille total de la Banque.

Aujourd’hui, la BID s’investit dans une stratégie pour la mise en valeur des indigènes qui pourra faire face aux défis de la mondialisation. Un des objectifs de cette stratégie est de tirer profit des richesses culturelles, naturelles et sociales des peuples indigènes en favorisant le développement de leurs produits et services qui font de plus en plus l’objet d’une demande, comme l’ethnotourisme, les arts et l’artisanat, les produits pharmaceutiques, les cosmétiques et les fruits des forêts. Cette approche devrait s’accompagner de mesures permettant de consolider l’économie dans les territoires indigènes, d’une productivité croissante afin de promouvoir la sécurité des aliments et de sauvegarder l’identité culturelle qui est étroitement liée à la terre. Une troisième composante serait d’accroître les efforts en vue de réduire la discrimination sur les marchés commerciaux et financiers, et d’améliorer l’accès aux services de santé et d’éducation.

« Au départ, nous avons attaché de l’importance aux nécessités pour ensuite privilégier les droits », souligne A. Deruyttere. « La cause indigène ne peut plus être ignorée ou traitée de manière paternaliste. »

Pour obtenir davantage d’informations sur les travaux de la Banque avec les communautés indigènes et la banque de données sur la législation indigène, visiter le site web de l’Unité des peuples indigènes et le développement communautaire (lien sur la droite de la page).

 

LIENS
Site web : Unité (de la BID) des populations indigènes et du développement communautaire
Rapport spécial de la BID Amérique : À droits égaux, respect égal




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Anne Deruyttere, Chef de l’Unité des populations indigènes et du développement communautaire, à la BID
anned@iadb.org



Publié: août 2003