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BID et biodiversité
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POINTS CHAUDS DE LA
BIODIVERSITE DANS LA REGION |
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ROGER HAMILTON
Au dire de
nombreux biologistes, la Terre est en pleine extinction, la faune et la
flore se meurent à une échelle qui ne s'est vue que quelques fois au fil
de l'histoire de la planète, qui remonte à 4,6 milliards d'années.
La plus récente extinction, qui a rayé les dinosaures de la surface du
globe il y a 65 millions d'années, a probablement été causée par l'impact
explosif d'un météorite. En revanche, l'extinction d'aujourd'hui se
produit doucement. Elle résulte de la destruction massive des milieux
naturels par les humains aux quatre coins du monde. La plupart des espèces
qui disparaissent n'ont même pas été découvertes, elles n'ont donc pas été
décrites par la science. Une orchidée rarissime par-ci, un tout petit
arthropode par-là, le tout dernier d'une espèce meurt, loin de nos yeux,
dans l'anonymat.
Les espèces disparaissent aujourd'hui à un rythme 100 à 1 000 fois plus
élevé qu'en temps normal. Si rien n'est fait, ce siècle marquera la fin de
l'ère actuelle, le cénozoïque, dit Edward O. Wilson, biologiste à Harvard.
La prochaine phase de l'histoire de la Terre, continue-t-il, pourrait très
bien s'appeler l'ère « érémozoïque » ou l'âge de la solitude. Mais il
ne faut pas désespérer. La diversité biologique n'est pas partout la même
sur la Terre. Il y a dix ans, l'écologiste britannique Norman Meyers a
lancé la notion de « points chauds de la biodiversité » pour recenser ces
zones critiques et orienter les travaux des organisations vouées à la
défense de la nature. Dans un article récent qui a paru dans la revue
britannique « Nature », Myers ainsi que le président de Conservation
International Russell A. Mittermeier et d'autres défendent avec ardeur
l'idée de faire porter les efforts de sauvegarde sur ces points chauds,
afin d'obtenir une plus grande protection en faisant la même dépense.
« La notion de points chauds peut transformer un problème de fond en
chance et promesse, affirme Myers. « Je ne peux penser à aucune autre
initiative en faveur de la diversité biologique qui aurait la même
efficacité, à si peu de frais. »
La richesse assiégée.L'article dans la revue Nature recense 25 points
chauds qui ne recouvrent que 1,4 % de l'habitat terrestre (l'étude ne vise
pas les milieux marins) mais qui représentent pas moins de 44 % des
espèces de plantes vasculaires et 35 % des quatre groupes vertébrés. Les
auteurs se servent de deux facteurs pour déterminer les points chauds : le
nombre d'espèces endémiques (c'est-à-dire qui ne se trouvent nulle part
ailleurs) et l'importance de la menace.
Pour être qualifiée de menacée, une zone doit retenir moins de 30 % de
son habitat naturel d'origine. Comme le bassin amazonien abrite un très
grand nombre d'espèces endémiques, il reste intact en grande partie, il ne
constitue pas un point chaud. Mais la forêt atlantique du Brésil, qui
présente aussi un grand intérêt faunique et floristique, n'existe plus
aujourd'hui qu'à l'état de vestige, ne conservant que 5 % de sa surface
d'origine.
L'article recense sept points chauds en Amérique latine et dans les
Caraïbes (voir carte). Trois d'entre eux figurent parmi les cinq grands
points chauds du monde. Ce sont les Andes tropicales, la forêt atlantique
brésilienne et les Caraïbes. Les Andes tropicales sont l'un des deux
grands points chauds en raison du nombre « exceptionnel » de plantes
endémiques qu'elles abritent, environ 20 000. Elles recèlent aussi le
nombre le plus élevé de vertébrés endémiques dans le monde.
Environ 38 % de la surface totale des points chauds du monde ont été
inscrits à l'inventaire des parcs et réserves, mais la protection réelle
est souvent très limitée. Le reste des points chauds ne bénéficie d'aucune
protection. Il vaut mieux sauvegarder les zones purement et simplement,
affirment les auteurs, mais faute de mieux, leur affectation à des fins
multiples lorsque les implantations humaines sont importantes pourrait
encore être efficace.
Inverser la tendance coûte cher, mais ce n'est pas irréaliste. Les
auteurs sont d'avis qu'un effort de 20 millions de dollars par an pour
chacun des points chauds contribuerait puissamment à assurer une
protection efficace. Ce sont des dépenses certes beaucoup plus élevées
qu'à l'heure actuelle, mais les auteurs signalent qu'elles ne représentent
que le double d'une seule mission vers Mars, que l'on justifie en grande
partie pour des raisons de biodiversité, à savoir la recherche d'une vie
extraterrestre. Et c'est beaucoup moins, précisent-ils, que les
subventions de 1,5 billion de dollars qui bon an mal an encourageraient la
dégradation de l'environnement dans le monde. |
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