Page de garde | Table des matières

Mars - avril 2000



Au-delà de l'économie

Pour comprendre le développement latino-américain, il faut aller au-delà des monnaies et des flux de capitaux


Voir aussi:


Le coût des facteurs structurels





ROGER HAMILTON

Comment pouvons-nous arriver à comprendre l'Amérique latine ?

Sous certains aspects, les populations de ce vaste territoire, s'étendant du paysage de glace de Tierra del Fuego au désert torride de Sonoran au Mexique, ont accompli des progrès économiques indéniables.

Mais d'autres régions ont fait mieux, beaucoup mieux. Aujourd'hui le revenu par tête d'habitant en Amérique latine n'atteint même pas 30 % de celui des pays développés, et il est inférieur au revenu moyen d'Asie orientale, du Moyen Orient et d'Europe de l'Est. Lors de sondages récents, près de 50 % des Latino-Américains qui ont répondu ont dit qu'ils estiment que leurs perspectives économiques actuelles sont mauvaises ou très mauvaises.

Il en va de même pour la situation sociale. Dans le domaine de la santé, l'Amérique latine a progressé davantage que la plupart des pays en développement dans le monde. Depuis les années 50, par exemple, la mortalité infantile dans la région a chuté, passant de 106 à 31 pour 1 000 naissances vivantes. Dans le domaine de l'éducation, presque tous les enfants de la région vont aujourd'hui à l'école primaire, et l'analphabétisme a énormément baissé. Mais de nouveau, d'autres régions ont beaucoup plus progressé dans ces domaines durant cette période.

En ce qui concerne les crimes et la violence, de nombreux pays latino-américains ont connu à vrai dire une aggravation importante de ce problème ces dernières décennies. Les taux d'homicide et de rapt dans la région sont à présent parmi les plus élevés dans le monde.

Compte tenu des résultats économiques et sociaux médiocres de l'Amérique latine, on pourrait s'attendre à ce que son développement politique soit également à la traîne. Ce n'est cependant pas le cas. En dépit de la réputation qu'avait auparavant la région sur ses dictateurs et ses coups d'Etat militaires, la majorité de ses citoyens jouit aujourd'hui de niveaux plus élevés de liberté civile et politique que toute autre région en développement. Les gouvernements démocratiques sont le régime de droit, et les média latino-américains sont parmi les plus aggressifs et dynamiques au monde.

Quelle explication peut-on donner à ce modèle de développement apparemment incohérent ? Pourquoi l'Amérique latine est-elle à la traîne derrière d'autres régions en développement ? Qu'est-ce qui explique le vaste éventail de fortunes qui existe dans les pays, même au sein de l'Amérique latine et des Caraïbes ?

De nos jours, ces questions ont presque toujours des réponses sur le plan économique. Pour des raisons évidentes, des mesures économiques médiocres et des lacunes dans les économies de la région se trouvent dans presque toutes les analyses sur les défis auxquels l'Amérique latine est confrontée. Ce type d'analyse suggère inévitablement que des solutions économiques, particulièrement celles dérivées des mesures de libre-marché, qui en sont venues à prédominer ces dernières années, sont le meilleur espoir d'accélération du développement dans la région.

Instrument pour les décideurs. Mais on peut également s'intéresser à l'énigme du sous-développement en examinant les facteurs de base qui vont au-delà des mesures et tendances économiques actuelles. C'est dans cette perspective qu'a été écrit un nouveau rapport de poids de la BID intitulé Development Beyond Economics (pour passer commande sur Internet, visitez notre site www.iadb.org/pub). En se concentrant sur ce qu'il appelle "les problèmes enracinés" de l'Amérique latine, le rapport estime qu'ils sont en grande partie le résultat de facteurs structurels, tels la démographie, la géographie et les institutions. Une connaissance de ces facteurs et la manière dont ils ont influencé le développement de l'Amérique latine clarifieront les problèmes tenaces auxquels la région continue d'être confrontée et aideront les décideurs à concevoir des stratégies pour les surmonter.

La conjecture à propos de l'impact des facteurs structurels fait depuis longtemps partie des annales. Dans certains cas, des observateurs ont avancé des thèses qui aujourd'hui nous frappent comme étant d'un déterminisme naïf, telle la notion que les climats chauds poussent à la paresse. Cependant, le travail d'autres personnes s'est avéré durable et influent. Dans son oeuvre précurseur, l'historien français Fernand Braudel donne une nouvelle idée de l'évolution des sociétés européennes en disséquant minutieusement des réalités de la vie comme les routes du commerce, ce que les gens mangeaient et ce que les paysans possédaient. Ces dernières années, l'écologiste Jared Diamond a présenté des arguments qui ne laissent pas indifférents en rapprochant des choses comme l'alignement géographique des continents, et la dotation biologique de la région à la marche de l'histoire de l'homme.

Mais en grande partie, les institutions de développement économique examinent les problèmes de développement d'un point de vue économique, comme on pouvait le prévoir, se préoccupant à peine des facteurs étudiés dans le nouveau rapport de la BID. Ceci doit changer, affirme Ricardo Hausmann, économiste en chef de la BID et à la tête du Département de recherche à la BID, qui a produit le rapport en question.

" Le développement n'est pas simplement un sujet d'économie politique ", souligne-t-il. " Ces domaines du développement relativement oubliés sont essentiels pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui en Amérique latine ainsi que les défis auxquels la région sera confrontée au cours de ce siècle. "





HOME       ABOUT THE IDB        BUSINESS OPPORTUNITIES      DEPARTMENTS      POLICIES 

PRESS & PUBLICATIONS       PRIVATE SECTOR      PROJECTS      RESEARCH & STATISTICS