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Le sol rocheux freine les travaux
d'excavation, et le dynamitage est dangereux en raison de la proximité des
logements
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CARLOS GONZALEZ,
Guatemala Le
véhicule avançait péniblement dans la boue, qui est à hauteur des essieux,
le long d'une artère de Nueva Catarina, l'un des nombreux villages coupés
du monde dans la Sierra de los Cuchumatanes dans le département
septentrional de Huchuetentango au Guatemala. Il finit par arriver au
chantier, où une équipe d'ouvriers s'affairait à creuser un canal de
drainage. L'un des ouvriers s'approcha des visiteurs.
« C'est lent », expliqua Hérando Delgado, membre du Service
représentatif micro-régional qui avait mis sur pied le projet. « Ce sont
les roches qui posent problème : Lorsqu'elles sont trop dures ou trop
lourdes à enlever avec le pic et la pelle, il faut dynamiter »,
affirme-t-il. Comme le chantier se trouve à quelques mètres d'un
lotissement, le dynamitage doit se faire avec les plus grandes précautions
et les plus petites charges.
Les travaux sont pénibles, les journées longues, et les salaires
inexistants. Il n'empêche que les ouvriers armés de pics et de pelles sont
enthousiastes, parce qu'il s'agit de leur projet à eux. Comme 92 autres
localités dans ce pays autrefois ravagé par la guerre, Nueva Catarina a
obtenu des fonds et une assistance technique dans le cadre du « Programme
de développement local pour la paix » (DECOPAZ en espagnol), financé par
la BID. Ce programme, qui aide le pays à reconstruire ses grands
équipements et à réparer son tissu social au lendemain d'une guerre civile
qui a duré plus de 30 ans, mobilise les communes comme jamais auparavant.
Chaque village met sur pied sa propre organisation, sélectionne les
projets, puis utilise les fonds mis à sa disposition par le programme pour
embaucher des entrepreneurs et former des équipes d'ouvriers. Souvent
illettrés et n'ayant pas l'habitude d'exercer de telles responsabilités,
les populations locales comptent sur des formations et sur la direction
d'un groupe d'organisations qui œuvrent dans le cadre du programme,
notamment Care, le Bureau des Nations unies pour les services d'appui aux
projets et le Centre canadien d'étude internationale et de coopération.
Le projet de drainage est le deuxième à Nueva Catarina. Le premier,
d'ores et déjà achevé, visait à approvisionner le village en eau par
canalisation. « D'abord, certaines familles se sont opposées au projet »,
affirme Gaspar Cardona, habitant du village. « Mais aujourd'hui nous avons
des adductions d'eau pour tous les logements, et les sceptiques se sont
joints aux travaux de drainage. »
Le véhicule quitte Nueva Catarina pour grimper plus haut dans la
montagne, là où certains pics sont sans cesse embrumés. C'est là que l'on
fabrique les tissus aux motifs traditionnels pour lesquels le Guatemala
est connu. Les gens y parlent des langues mayas anciennes comme le
jacalteco, le qanjobal et le mam. Les distances entre les localités sont
certes courtes, mais le mauvais état des routes allonge les trajets.
Le village de Mangalitos est à moins de 1 kilomètre de la route
principale, mais on ne peut s'y rendre qu'à pied. Il y a deux mois à
peine, huit familles de la commune habitaient des logements faits de bouts
de bois et de chaume. Aujourd'hui, ces constructions ne servent plus guère
que de cuisines, car les familles ont emménagé dans des logements neufs
avec des murs de béton et des toitures en métal. Douze autres familles les
imiteront bientôt.
Le problème de l'eau. Encore plus haut, à 3 500
mètres d'altitude, la population du village de Tuisoch ne peut pas
cultiver le maïs ni le haricot les productions traditionnelles à cause
du froid et de l'absence de précipitations. Elle cultive donc la pomme de
terre et fait de l'élevage de moutons et d'autres animaux.
L'eau ne cessait de poser problème dans le village de Tuisoch. Le cours
d'eau le plus proche est loin de deux kilomètres, affirme Javier Pablo,
qui fait partie du Service représentatif micro-régional du village. Il
fallait faire le trajet deux, trois voire quatre fois par jour pour
s'approvisionner en eau potable.
Le village a donc retenu une solution simple mais efficace pour lutter
contre la sécheresse annuelle. Il a décidé d'aménager de grands
réceptacles sur la toiture de chacun des logements des 70 familles qui
participaient au projet, pour recueillir l'eau de pluie. Une fois filtrée,
l'eau chemine dans les conduites et sort par les robinets.
Une meilleure alimentation en eau n'était que l'un des bienfaits les
plus visibles du projet, au dire de Pablo. « Il était tout aussi important
d'apprendre à unir nos efforts, dans l'intérêt de tous, affirme-t-il. Nous
nous occupons du budget, nous embauchons les firmes qui conduiront les
travaux, et nous fournissons la main-d'œuvre. Nous sommes très fiers de
nous. »
Ces bienfaits qui ne sont pourtant pas tangibles sont à bien des égards
les résultats les plus importants du programme. Mobiliser les gens autour
d'un projet les aide à surmonter les haines et les suspicions qui se sont
profondément ancrées dans les cœurs et les esprits à la faveur de la
guerre civile. Le programme vient d'être mis en route, mais déjà les
rivalités entre anciens paramilitaires, guérilleros, réfugiés et déplacés
donnent de signes d'apaisement. De la même manière, la méfiance qui
régnait à l'égard des organismes publics, des organisations
internationales et des organisations non gouvernementales cède la place à
des coopérations plus étroites.
Un responsable local a bien résumé la situation : « Nous sommes très
contents que quelqu'un nous aide à nous aider nous-mêmes. C'est par la
collaboration que nous allons améliorer notre sort. »
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