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"Vous sortez la nuit avec une lampe de poche, et vous avez l'impression de vous trouver à Rio de Janeiro - il y a tellement d'yeux qui brillent", raconte Ronis da Silveira, savourant de toute évidence le spectacle qui s'offre à ses yeux. Le caïman à lunettes et son cousin beaucoup plus gros, le caïman noir, le plus grand prédateur de l'Amazone, reprennent manifestement du poil de la bête à Mamirauá. Le travail de ce jeune biologiste consiste à s'assurer que leur retour est permanent. S'asseyant sous le porche de sa petite maison flottante, avec une colonie de singes se balançant à travers les arbres, R. da Silveira explique comment travailler sur un territoire scientifique quasiment vierge. Récemment encore, à peu près tout ce que le monde extérieur connaissait de ces grands prédateurs était rapporté dans les récits de missionnaires et d'explorateurs. Mais les gens du cru en savaient long sur les caïmans, parce qu'ils les chassaient. Le marché des chaussures et des sacs de luxe avait mis à prix les têtes de ces sosies d'alligators, et dans de nombreux endroits, les caïmans me risquaient pas d'être éliminés. "Nous avons failli en perdre un gros avant d'avoir des notions de base sur cet animal ", expliqua R. Da Silveira. Puis, dans les années 60, la communauté internationale a adopté un ensemble de restrictions sévères sur le commerce des peaux de caïman, donnant un sursis aux animaux. Aujourd'hui, il y a toujours un peu de chasse, mais on recherche la chair et non pas la peau. Se risquer à sortir la nuit et se colleter avec une bête aussi longue que les pirogues, n'est pas une occupation populaire. La population locale ne mange pas de caïman, mais sale la viande pour la vendre à des intermédiaires, qui à leur tour la font passer pour du poisson. En tant que chercheur, R. Da Silveira ne condamne pas les chasseurs. En fait, il les embauche comme guides et leur demande continuellement des renseignements sur le lieu de reproduction des caïmans, où ils déposent leurs oeufs et cherchent de la nourriture. "Leur rôle dans ma recherche est fondamental", dit-il, et en tout état de cause, "la chasse est une réalité". L'objectif de R. Da Silveira n'est pas seulement de protéger les caïmans, mais aussi de préserver le gagne-pain des gens qui les utilisent. Il en va de même pour la majeure partie du travail effectuée par dix autres chercheurs travaillant à Mamirauá. Bien que de bonnes données scientifiques sur les besoins biologiques d'un animal et la place de ce dernier dans l'environnement soient essentielles si l'on entreprend de protéger la biodiversité, elles sont particulièrement importantes quand l'objectif n'est pas celui d'une protection totale, comme c'est le cas à Mamirauá. Uniquement avec ces données en main, les chercheurs et les membres des communautés exécutent un plan de gestion qui garantira la contribution à long terme d'un animal à la fois à l'écosystème et à l'économie locale. |
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