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La vie politique s'intellectualise





PETER BATE

Longtemps les intellectuels et les hommes politiques ont gardé leurs distances au Mexique. Mais les choses pourraient changer.

Quelque 70 sociologues, politologues et économistes mexicains rattachés à de grandes écoles, à des centres de recherches et à des ONG unissent leurs efforts pour faire bénéficier de leur savoir-faire les pouvoirs publics locaux.

C'est une action plutôt audacieuse de la part des intellectuels , affirme Tonatiuh Guillén López, du Colegio de la Frontera Norte à Tijuana, l'un des chercheurs mexicains qui a pris la parole à un séminaire du 7 mai sur la démocratisation, la décentralisation et les pouvoirs publics locaux. A la différence de leurs homologues aux Etats-Unis, les intellectuels mexicains dans les organes de réflexion collaborent rarement avec les responsables politiques.

Le groupe d'intellectuels, qui fonctionne depuis 1994, a d'ores et déjà saisi l'assemblée législative du Mexique de l'un de ses travaux. Il s'agit d'un Plan de réforme de la ville , qui réunit plus de 3 000 propositions visant à optimiser, sous le signe de l'équité, le fonctionnement des pouvoirs publics locaux, regroupées selon 132 thèmes qui vont des relations avec les indigènes au recouvrement de l'impôt.

A terme, leurs efforts n'aboutiront qu'avec la concrétisation de la décentralisation en cours au Mexique depuis la fin des années 80. Le gouvernement fédéral avait alors commencé à se retirer des travaux publics et des entreprises publiques à l'échelle locale.

L'élection l'an dernier du maire du District fédéral, la plus populeuse des 2 418 municipalités mexicaines, illustre de manière spectaculaire cette décentralisation. Auparavant, ce poste, qui est sans doute l'un des plus importants au pays, était réservé aux hommes nommés par le président.

Mais les participants au séminaire ont affirmé que les municipalités mexicaines avaient encore beaucoup à faire pour s'adapter à un modèle ouvert et pluriel. Les institutions politiques locales portent encore l'empreinte de l'autoritarisme, ont-ils poursuivi, et les rapports entre l'Etat fédéral et les pouvoirs publics municipaux restent largement à définir.

Désireux de lancer un débat sur la réforme municipale, les chercheurs comptent en faire un cheval de bataille à l'échelon national et local au cours des deux prochaines années et discutent avec les universitaires des quatre coins du pays de la possibilité de créer des centres de réflexion qui prépareraient des argumentaires pour les batailles législatives à venir. Des assises nationales où les législateurs se spécialisant dans les affaires municipales réfléchiraient aux moyens de resserrer les liens entre les assemblées législatives des divers Etats sont aussi en voie d'organisation.

Entre-temps, le groupe prépare à l'intention des internautes une base de données sur la réforme municipale. Selon Leticia Santín, coordonnatrice pour les affaires gouvernementales locales auprès du Centre de recherche et d'enseignement économiques (CIDE d'après son sigle en espagnol), la base de données sera opérationnelle plus tard cette année.

La page d'accueil du CIDE se trouve à http://dis1.cide.mx.



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