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Un climat de confiance
L'Amérique latine donne aux investisseurs de bonnes raisons de financer des projets d'infrastructure



PAUL CONSTANCE

Imaginez des explosions souterraines, des fleuves de béton, d'énormes machines remuant la terre.

Les grands projets d'infrastructure évoquent les images d'un monde matériel reconstitué par des énergies brutes et des matières synthétiques. Cependant, parmi tous les éléments nécessaires à la construction de routes, de barrages, de pipelines ou de réseaux électriques, celui qui est le plus important est à vrai dire impalpable.

Ceci est le cas parce que les projets d'infrastructure, et spécialement ceux financés par les investisseurs privés, sont construits dans un climat de confiance, à savoir l'assurance qu'un gouvernement honorera les modalités de ses contrats ; l'assurance qu'une économie sera gérée assez bien afin de justifier les projections d'une demande future ; l'assurance que les lois et réglementations ayant un impact sur la rentabilité des projets d'infrastructure ne seront pas changées de manière arbitraire.

Récemment encore, ce type d'assurance était une commodité rare au sein des nations d'Amérique latine et des Caraïbes. En conséquence, très peu d'investisseurs privés étaient prêts à risquer des fonds dans des projets sachant que cela pouvait prendre des années pour recouvrer les coûts et que les projets génèrent des bénéfices. Les projets d'infrastructure devaient être entièrement financés par les gouvernements, une restriction qui bloquait le développement et les fonds qui auraient pu être dépensés pour d'autres priorités.

Mais à la fin des années 80, les choses ont commencé à changer, selon Antonio Vives, chef de la Division de l'infrastructure et des marchés financiers à la BID. A cette époque, de nombreux pays ont adopté des réformes financières, réglementaires et commerciales qui ont créé un cadre plus attrayant pour les investissements à long terme effectués par le secteur privé.

Les mesures de privatisation ont également aidé. Les télécommunications et l'énergie, les deux secteurs où ont eu lieu la plupart des privatisations, ont attiré des capitaux privés nationaux et internationaux par dizaines de milliards de dollars. A un degré moindre, les services des transports, de l'eau et d'assainissement profitent également des investissements privés. Aujourd'hui, A. Vives estime qu'au moins 15 % de toutes les dépenses liées à l'infrastructure en Amérique latine et dans les Caraïbes sont financés par le secteur privé. Environ 10 % proviennent de banques multilatérales de développement et le reste est toujours fourni par les gouvernements de la région.

Néanmoins, ce problème de confiance demeure décourageant. Pour surmonter les doutes des investisseurs, ces cinq dernières années, les compagnies privées ont élaboré des arrangements financiers novateurs qui répartissent le risque économique d'un projet entre les gouvernements, les banques, les entrepreneurs, les investisseurs institutionnels et les banques de développement.

La BID appuie de plusieurs manières les efforts consentis par les compagnies pour constituer ces montages financiers innovateurs. Premièrement, elle aide les gouvernements à actualiser leurs lois, à moderniser les institutions et les agences de réglementation ; tout ceci ayant un impact sur les investissements infrastructurels et les flux de capitaux internationaux. Le Fonds multilatéral d'investissement (MIF) de la BID est l'institution pilote dans ce domaine. La plupart des 32 projets touchant à l'énergie, aux transports et à l'eau qu'il a financés pendant plusieurs années aident les gouvernements à établir une structure juridique et réglementaire nécessaire à la privatisation ou à l'attribution de concessions au secteur privé. Les activités du MIF comportent entre autres la privatisation de l'aéroport en Jamaïque, des installations dans le port de Bridgetown (Barbade) pour le tourisme de croisière, et un programme visant à renforcer La Commission de réglementation de l'énergie au Mexique.

Par ailleurs, la Banque investit directement dans des projets d'infrastructure privés. Le Département du secteur privé de la BID cible des projets pour lesquels la taille de la Banque, son expérience, ses relations étroites avec les gouvernements et sa qualification AAA des agences de cotation peuvent apporter ce facteur supplémentaire de confiance qui est nécessaire à la participation des investisseurs privés. A la fin de 1997, la BID avait approuvé un financement direct se montant au total à 640 millions de dollars pour 18 projets concernant l'énergie, le transport ainsi que l'eau et l'assainissement dans neuf pays représentant plus de 4 milliards de dollars. Ces projets ont compris par ailleurs des routes à péage en Argentine, au Brésil et en Uruguay, et des projets énergétiques au Honduras, au Mexique et en Colombie.

Parallèlement, la Société interaméricaine d'investissement (SII), affiliée au groupe de la BID, a ouvert la voie en effectuant des investissements dans des projets d'infrastructure à petite échelle dans toute la région. Depuis 1989, elle a prêté 51,9 millions de dollars destinés à 14 projets s'intéressant aux transports, à l'entreposage, à l'eau potable, aux télécommunications et à la production d'électricité. Un investissement digne d'attention (un prêt de 3 millions de dollars et des prises de participation de 1,4 million de dollars) a été effectué en 1992 en faveur d'IMPSAT Argentina, une société qui fournissait à cette époque des réseaux de données par satellite à des sociétés localisées autour de Buenos Aires. IMPSAT a connu un tel succès qu'elle a ensuite élargi ses activités à l'Equateur, au Mexique, au Pérou, au Venezuela et à la Colombie.

La SII a également financé des fonds d'investissement privés spécialisés qui ciblent des projets d'infrastructure latino-américains. Elle a apporté une contribution de 5 millions de dollars au Fonds latino-américain de l'énergie et de l'électricité (FondElec), un fonds de 50 millions de dollars appartenant à six compagnies américaines d'électricité, et à la fin de l'année dernière elle a investi 5 millions de dollars supplémentaires dans FondElec Essential Services Growth Fund, un nouveau dispositif qui investira jusqu'à 100 millions de dollars sur huit ans dans des projets pour la région.

Pour un des projets les plus innovateurs de la BID, dans le secteur de l'infrastructure, en fait l'argent n'a pas changé de mains. En avril 1997, la Banque a approuvé sa première garantie à risques partiels pour une station d'épuration à Bogota (Colombie) dans laquelle des investisseurs privés ont placé de l'argent. Pour diminuer la durée du contrat à long terme et les risques de change liés au fonctionnement de la station, la BID a garanti 30 millions de dollars aux principaux détenteurs d'obligations investissant dans ce projet, qui est géré par la filiale colombienne de la compagnie française, la Lyonnaise des Eaux.

" La Banque a pu faire celà en raison de son statut de créancier privilégié ", a expliqué B. Thomas, un ancien fonctionnaire de la BID qui dirigeait l'équipe de ce projet. " Lorsque nous couvrons ces risques, nous débloquons le montage financier dans sa totalité pour qu'il fonctionne. " Cette opération a comporté la toute première garantie accordée par une institution multilatérale pour un financement du secteur privé en Amérique latine. C'était également le premier projet de la BID touchant au secteur privé, dans lequel un placement privé de valeurs mobilières servait de source principale pour le financement de la dette.

D'après A. Vives, la plupart des investissements privés dans les projets d'infrastructure latino-américains sont réalisés par des prêteurs étrangers, en particulier des compagnies d'assurances et des banques. " Si ces fonds sont les bienvenus, ils sont encore assez restreints ", a-t-il rapporté. " Un pool beaucoup plus large de capitaux permanents potentiels est détenu par des investisseurs institutionnels (comme des caisses de retraite) dans les pays industrialisés qui ne peuvent pas investir dans le secteur infrastructurel car la plupart de ces projets ne sont pas considérés sans risque par les agences de cotation. " De même, dans la région, les projets d'infrastructure ne font que commencer à faire appel aux marchés de capitaux internationaux, principalement en émettant des obligations, et moins fréquemment par l'intermédiaire de propositions de prises de participation, a-t-il ajouté.

Le meilleur moyen de venir à bout de cette offre limitée de capitaux étrangers, d'après A. Vives, est d'améliorer les marchés financiers de la région et d'attirer des investisseurs locaux. Examinez le cas d'Autopistas del Sol, S.A., un consortium de sociétés argentines, italiennes et espagnoles propriétaire d'une concession pour 23 ans afin d' assurer la gestion d'une route d'accès clé menant à Buenos Aires. Le consortium a ajouté 133,3 millions de dollars de son actif net dans ce projet, pour lequel des banques locales ont accordé des prêts de construction s'élevant à 356 millions de dollars. La route à péage à 18 voies, ouverte en1996, a été un succès immédiat, à savoir que le temps de trajets quotidiens pour environ 250 000 conducteurs est passé de 2 heures et demie à 45 minutes. Le fait que les investisseurs ont eu confiance dans les perspectives économiques à long terme de l'Argentine a convaincu le consortium de refinancer sa dette en juillet dernier en émettant des obligations sur les marchés financiers national et américain. Les obligations, se montant au total à 380 millions de dollars, ont été cotées BB par Standard & Poor's et prises d'assaut à la fois par des investisseurs américains et des caisses de retraite argentines.

" C'est le type de financement créatif qui amène de l'argent local dans des projets locaux ", a souligné A. Vives de la BID. " Nous espérons voir beaucoup plus de situations similaires à l'avenir. "




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