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Paul Constance Cela a-t-il valu la peine d'entreprendre des réformes économiques durant cette dernière décennie ?Posée de cette manière ou différemment, cette question continue de dominer le débat sur la politique économique et sociale en Amérique latine. Frustrés en raison d'un chômage qui perdure et du fait que les réformes n'ont pas amélioré la vie des pauvres, de nombreux groupes de défense d'intérêts publics ont récemment critiqué les programmes de réforme économique adoptés à l'heure actuelle par la plupart des gouvernements de la région. Dans certains pays, les syndicats ont organisé des grèves et les partis politiques d'opposition sont descendus dans la rue pour protester contre les mesures liées à la réforme. Il y a lieu de se demander si cela a valu la peine d'encourir tous ces maux après avoir eu recours à "une opération chirurgicale majeure"en matière de réforme macroéconomique. Après tout, la croissance économique dans la région n'a toujours pas rattrapé ses niveaux d'avant les années 80, malgré des signes récents indiquant que l'Argentine et le Mexique se sont relevés de la crise du peso de 1995 et que la région dans son ensemble poursuit son développement (voir p. 4). Personne ne conteste le fait que les politiques de réforme ont été suivies d'une période d'ajustement difficile. Les administrations fédérales comme provinciales ont licencié des fonctionnaires et réduit des programmes afin de tenir compte d'objectifs budgétaires plus sévères. Dans de nombreux secteurs, des sociétés ont également diminué les salaires afin de pouvoir concurrencer les producteurs étrangers. Un redressement lent combiné à un ajustement difficile aux marchés libéralisés a fait naître un sentiment "d'essouflement de la réforme". Compte tenu du mécontentement, l'on pourrait s'attendre que les partis politiques de l'opposition réclament que les réformes axées sur le marché soient systématiquement abandonnées. Cependant, ceci n'est le cas presque nulle part. Au contraire, les électeurs ont signifié qu'ils apprécient une inflation faible, la stabilité et un réveil économique graduel qui s'est manifesté après l'application des réformes. Ils ne veulent point perdre ces avantages. En fait, lorsque l'on examine de plus près les causes les plus fréquentes de mécontentement, on se rend compte que les personnes qui ont voté veulent de nouveaux types de réforme, dans des secteurs nouveaux, plutôt qu'un simple renversement d'une libéralisation financière et commerciale déjà en place. Par exemple, comme il est de plus en plus manifeste que les écoles publiques de la région affichent des résultats médiocres, la population réclame à cor et à cri des réformes radicales en matière de financement et de gestion du système scolaire. Confrontée à maintes reprises à une corruption administrative, à une mauvaise gestion financière et à une impunité criminelle, elle réclame une refonte du système judiciaire et de l'application des lois. Un nombre important de PME entravées par une réglementation administrative qui manque de cohérence et par des ingérences bureaucratiques excessives, veulent des instances régulatrices efficaces et transparentes qui donneront aux "petits" une chance de se battre contre les conglomérats. Et la menace persistante des échecs dans le secteur bancaire et de fraudes exige une supervision des autorités publique plus efficace. D'après l'édition 1997 du rapport de la BID, Progrès économique et social en Amérique latine, ces réformes appelées "de seconde génération", qui doivent englober également les domaines touchant à la fiscalité et à la législation du travail, sont primordiales pour accroître les gains acquis grâce aux réformes précédentes. "Le potentiel inexploité dans tous les secteurs touchés par ces réformes offre la possibilité d'augmenter le taux de croissance à long terme de plus de 5 % dans la région", écrit Ricardo Hausmann, l'économiste en chef de la BID, dans l'introduction de ce rapport. Ce qui est probablement plus important à court terme, c'est l'effet que ces nouvelles réformes pourront avoir sur la manière dont le public perçoit les programmes de réforme existants - et sur la viabilité politique continue. L'opinion publique quant à l'équité des privatisations et d'autres réformes du marché dépend en grande partie de la façon dont les profits sont administrés. Ceci, plus que tout autre facteur, sera déterminant pour savoir si les gens pensent que les efforts entrepris ces dix dernières années en ont valu la peine. |
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