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Nouvelles utilisations pour d'anciennes traditions
Des villageois andins conçoivent un dispositif d'entretien des routes



ROGER HAMILTON

L'anthropologue Juan Paiva Villafuente s'est rendu au village andin de Corca pour mettre en place un dispositif d'entretien de la route locale qui venait d'être remise en état. Il en est reparti avec une sensibilité nouvelle aux traditions anciennes et à l'aptitude des gens de l'endroit à prendre en main leur avenir.
Corca est une localité type dans les Andes péruviennes, où environ 1,6 million de personnes extrêmement pauvres sont les grands oubliés du remarquable redressement économique péruvien.
Le piètre état des routes aggrave le problème. La chaussée le plus souvent non revêtue et dont le tracé emprunte parfois les escarpements est martelée sans pitié par les camions et les autocars très chargés ou alors elle est inondée par les eaux dévalant le versant des collines et charriant des tonnes de boue et de roches.
Résultat, les agriculteurs ne peuvent pas écouler leurs produits sur le marché et les citoyens ne peuvent pas se rendre aux cliniques ni les enfants à l'école.
Le ministère des Transports du Pérou a retenu les services de J. Pavia dans le cadre d'un programme national financé par la BID et la Banque mondiale visant à la réfection de 7 500 kilomètres de chemins ruraux et de 2 200 kilomètres de routes secondaires et à la mise en place de dispositifs d'entretien. Le projet avait pour objet de faire reculer la pauvreté en milieu rural et d'inciter les gens qui s'étaient réfugiés dans les villes pendant les années de grands remous sociaux à rentrer dans leurs foyers.
Avant le programme, on ne savait pas au juste qui était responsable de l'aménagement, de l'amélioration et de l'entretien des chemins ruraux au Pérou. La plupart des fonds prévus pour les projets routiers étaient destinés à des dépenses d'équipement, non à l'entretien. Faute de ressources, les pouvoirs publics locaux étaient impuissants à agir.
J. Pavia avait pour mission d'organiser de très petites entreprises qui seraient chargées de l'entretien des routes locales remises en état. Un ingénieur des Ponts et chaussées aurait trouvé que ce plan posait des problèmes, mais Pavia, l'anthropologue, voyait les choses différemment. Il savait que les collectivités indiennes, toutes pauvres qu'elles fussent, étaient riches de traditions, dont la minka, c'est-à-dire le travail collectif.
Cette coutume de la minka, qui remonte à l'époque préinca, est encore aujourd'hui un moyen important de coopération pour les travaux agricoles, explique J. Paiva. Lorsqu'il faut réparer des canaux d'irrigation ou moissonner un champ, le travail se fait en commun. Désormais, la minka jouerait aussi pour l'entretien des routes.
J. Pavia arriva à Corca en 1995, équipé de son seul sac à dos. Il savait le quechua mais il restait un étranger, et il fut traité ainsi. Cependant, au cours des trois mois suivants, il travailla avec les gens dans les champs, prit ses repas avec eux, vécut avec eux. Et il gagna leur confiance. « En tant qu'anthropologue, je n'examinais pas le problème sous un angle technique - à savoir comment nettoyer une rigole - mais dans le contexte des rapports humains dans la collectivité qui peuvent se rapporter aux travaux d'entretien de la route é, affirme J. Pavia.
En fin de compte, les sept collectivités riveraines de la route ont organisé leur entreprise (sauf que les gens ont insisté sur le mot « comité é qu'ils connaissaient bien déjà), chacune des collectivités y nommant ses représentants. Le comité à son tour désigne les douze hommes qui constituent l'équipe du moment chargée de l'entretien. L'équipe est à l'œuvre tous les jours, réparant la surface et nettoyant les rigoles, et elle est rémunérée par l'Etat. A terme, l'Etat espère financer des entreprises de production au sein de ces collectivités, dont les bénéfices supporteraient l'entretien des routes dans l'avenir.
« Il faut bien comprendre que nous n'avons pas imposé ce système, précise J. Pavia. Les gens ont cerné leurs besoins et se sont organisés. é
Aujourd'hui, des camions chargés de pommes de terre, de haricots et de blé se rendent à Cuzco en une heure seulement, au lieu de trois heures, ce qui assure de meilleurs prix aux producteurs. Les autobus assurent la navette. La route, désormais très carrossable, favorise aussi la généralisation des services publics. Les collectivités locales ont désormais l'eau potable et des écoles, et les travaux d'électrification sont en cours. Même les touristes font le trajet, attirés par la beauté naturelle de la région et les peintures préincas.
J. Pavia est fier des réalisations locales. « Ce fut lent, conclut-il, mais pas difficile. Même agréable. é



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