ECOTOURISME
 
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Le guide professionnel Braulio Carlos enregistre le cri d’un oiseau qui reste à l’écart. Lorsque le cri est reproduit, l’oiseau s’approche, et les ornithologues amateurs peuvent alors l’observer.

L’évangéliste aux oiseaux

Un ornithologue propage sa passion pour la nature

par Roger Hamilton

Éco-courses à moto ? Pour Braulio Carlos, guide naturaliste dans l’État de Mato Grosso au Brésil, c’est lancer le bouchon un peu loin. ´ Le simple fait d’organiser cette course dans le Pantanal (immenses marais au Brésil) ne leur permet pas d’utiliser le préfixe " éco ", dit-il. Aujourd’hui, tout est "éco".

Télescope d’observation au point et magnétophone en bandoulière, jumelles autour du cou, Carlos a tout d’un passionné de l’ornithologie, ce qu’il est. Mais malgré ses vues sur les préfixes galvaudés, il n’a rien d’un puriste lorsqu’il s’agit de jouir de la nature. À ses yeux, observer les oiseaux, pêcher, faire canoë-kayak, ou simplement se promener au beau milieu des arbres et loin des gens — ce sont toutes des activités respectueuses de l’environnement.

Il y a un point sur lequel Carlos insiste toutefois. Lorsqu’il quitte la forêt, l’écotouriste doit en savoir plus long sur la nature qu’avant d’y pénétrer. Et c’est là où Carlos pense peser dans la balance. " Le principal objectif de l’écotourisme, c’est de faire connaître aux gens les rouages des écosystèmes et les raisons pour lesquels il est nécessaire de les préserver, dit-il. Il ne s’agit pas simplement de visiter un espace naturel. Il s’agit de se renseigner sur la nature. "

Le guide naturaliste doit aussi être un pédagogue, un bon pédagogue. " Ce n’est pas parce que la nature est un sujet intellectuel qu’elle doit être assommante, poursuit Carlos. La science n’est pas fastidieuse. Tout ce que nous faisons et ce que nous vivons concerne la science, parce que nous faisons partie d’un monde vivant. "

Carlos vise à transformer ses clients en ardents défenseurs de la préservation. Il souhaite notamment voir davantage de Brésiliens visiter les espaces naturels, et c’est là un des objectifs de l’organisation qu’il a aidé à fonder, le Club ornithologique du Pantanal.

“ Cela peut sembler incroyable, dit-il, mais lorsque nous avons commencé à organiser des circuits ornithologiques, nous avons pensé que notre clientèle serait exclusivement américaine. Notre site Web était en anglais seulement. Lorsque que nous avons mis sur pied un site en portugais, nous avons commencé à recevoir des mails de Brésiliens, qui nous ont rendu visite ensuite. Il se trouve qu’il s’agissait de fervents ornithologues amateurs, qui attendaient simplement une offre touristique brésilienne à l’intention des Brésiliens. ”

Un grand mythe. Né au Pérou, Carlos et sa famille ont été contraints de quitter leur patrie à l’époque du mouvement guérillero Sentier lumineux. Il s’est installé dans le Mato Grosso il y a quinze ans et aujourd’hui, il se dit avec enthousiasme on ne peut plus Brésilien.

Carlos est titulaire d’une maîtrise d’écologie et de conservation de la biodiversité, et il est membre de la Société ornithologique brésilienne, du Club ornithologique néo-tropical, de l’Association ornithologique américaine et du Laboratoire d’ornithologie de Cornell.

Il a également un diplôme universitaire en économie, ce qui explique quelque peu ses vues pragmatiques sur les potentialités du tourisme vert. L’écotourisme peut-il apporter suffisamment de bienfaits économiques pour sauver la forêt tropicale ?

" C’est un grand mythe, dit-il. L’écotourisme ne peut procurer l’essentiel des revenus qu’à quelques rares endroits, parce qu’il ne dépend pas que des richesses naturelles pour prospérer. On peut être en présence d’un paradis, mais sans équipements, l’écotourisme ne fonctionnera pas. "

Même avec des équipements hôteliers, routiers et aéroportuaires, Carlos est d’avis que le tourisme vert restera une filière fragile. D’abord, il sera toujours à la merci d’événements lointains. Ainsi, dit-il, lorsque le chômage a augmenté en Espagne, le nombre de visiteurs en provenance de ce pays a chuté dans le Pantanal. " S’il y a une guerre ou une crise économique (l’entretien a eu lieu avant les attentats terroristes du 11 septembre), il n’y a plus aucun touriste, affirme-t-il. Si les gens doivent choisir entre une voiture, un logement ou un voyage, c’est le tourisme qu’ils éliminent d’abord. "

Mais pour Carlos, il y a une certitude : sa passion pour la nature. " J’aime mon métier, dit-il. Tous les jours, j’apprends de nouvelles choses et j’aime les montrer aux autres. ”

 

Publié : avril 2002

Club ornithologique du Pantanal

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