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Juillet - août 2000


En marge du temps

Une exposition montre un autre visage de l'art bahamien


"Egyptian Man", (L'homme égyptien), portant jupe, couvre-chef et boucliers sur un char de la parade pour l'an 2000 de Nassau, par Eric Stuart.>



ROGER HAMILTON

Pays de sable et de soleil, agrémenté de villages pittoresques, les Bahamas incarnent bien la vocation touristique des Caraïbes. Le tourisme est le moteur de l'économie du pays et définit bien des aspects de la vie de tous les jours, notamment l'expression culturelle. En fait, pour beaucoup, l'art bahamien évoque les tableaux que les touristes achètent lorsqu'ils débarquent de leurs bateaux de croisière.

En 1991, un groupe d'artistes bahamiens s'est réuni pour lutter contre cette idée fausse. S'appelant Creative Artists United for Serious Expression (B-Cause), ils se sont attachés à montrer au monde entier que l'art de leur pays ne se réduisait pas à l'illustration de cartes postales.

"Child of Ethiopia" (Enfant éthiopien), par Antonious Roberts.

Le mouvement avait pour fer de lance un groupe d'artistes qui avaient fait des études à l'étranger au lendemain de l'indépendance de leur pays et qui estimaient que la nouvelle identité politique des Bahamas appelait une véritable identité artistique aussi.
L'exposition « En marge du temps : l'art contemporain des Bahamas » a réuni des œuvres de bon nombre de ces artistes au centre culturel de la BID au siège de la Banque à Washington.


"Eye strain" (Fatigue des yeux), par Maxwell Taylor.

Ils firent face à de nombreux obstacles, en particulier l'exiguïté du territoire qui peut aboutir à l'invisibilité et à l'insularité, un petit public et peu de soutien. Par exemple, aux Bahamas il n'y avait pas de musée des arts ni de programmes institutionnels pour faire connaître les arts. Il n'y avait guère de galeries à vocation commerciale et pratiquement aucun concours ni prix pour encourager les artistes.


"Passageway to Heaven" (Passage au paradis), hommage àTony McKay-The Obeah Man, par Stanley Burnside.

B-CAUSE atteignit en gros l'objectif qu'il s'était fixé au départ, participant à des expositions à Washington, au Brésil, en Équateur, en république Dominicaine et au Japon. Ce faisant, le groupe posa les jalons du renouveau artistique du pays. Mais dans le même temps, ses membres commencèrent à se sentir confinés par les structures de ce collectif. Lorsque qu'ils constatèrent que leurs différences étaient désormais plus importantes que leurs ressemblances, le groupe se disloqua.

Malgré ces divergences qui se dessinaient, les artistes représentés dans l'exposition de la BID posent des questions semblables, selon le conservateur de la BID Felix Angel : « Qui suis-je ? D'où viens-je ? Où vais-je ? » À peu d'exception près, dit Angel, les artistes bahamiens sont vivement antimondialistes. « En fait, ajoute-t-il, leur projet artistique semble extrêmement souverainiste », ajoute-t-il.


"Am Tired" (J'suis fatiguée), épure par Maxwell Taylor.

La scène artistique aux Bahamas est aujourd'hui très dynamique, affirme Angel. Il faut espérer que le monde des arts recevra les encouragements qu'il faut pour continuer dans la voie de cette effervescence et de ce pluralisme. Car il s'agit non seulement de sensibiliser le public mais d'obtenir le soutien de l'élite économique, sachant que l'activité créatrice et des arts florissants peuvent apporter de grands bienfaits économiques et sociaux.





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