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PAUL CONSTANCE Une
attente
moins longue et un service amélioré. C'est ce qui avait été promis aux
contribuables d'un grand pays d'Amérique latine lorsque le fisc avait
passé un contrat de 250 millions de dollars pour informatiser ses
opérations avec une société d'informatique multinationale.
L'adjudicataire avait prévu un contrat de sous-traitance de 30 millions
de dollars pour des « services de conception de logiciels » que devait
assurer une firme locale. Or la firme locale n'existait que sur le
papier. En fait, les 30 millions de dollars devaient être virés sur des
comptes à l'étranger détenus par de hauts responsables au sein du fisc,
des cadres supérieurs de firmes technologiques locales et d'autres
personnes qui avaient monté l'affaire. Le pot aux roses a été découvert,
mais trop tard. Le gros de la cagnotte s'était volatilisé.
Ces 30 millions de dollars appartenaient bien entendu aux citoyens.
Ceux-ci les avaient versés sous forme d'impôts. Ils pensaient que cette
somme allait être dépensée judicieusement pour des services publics dont
ils avaient un besoin urgent. Ils présumaient que leurs gouvernants
s'efforçaient d'obtenir ce qu'il y a de mieux en contrepartie des deniers
publics. Mais c'est rarement vrai en Amérique latine et dans les Caraïbes
aujourd'hui. La fraude fictive décrite ci-dessus s'inspire de plusieurs
contrats réels qui ont fait les grands titres ces dernières années. C'est
un scénario que connaissent trop bien les habitants de la région. Les
montants en jeu ne sont pas toujours aussi colossaux. Mais lorsque les
administrations ou institutions publiques font l'acquisition de biens et
services, il peut sembler que l'inefficacité, la fraude et les abus sont
la règle plutôt que l'exception.
Il y a quelques années encore, les problèmes que posaient les marchés
publics n'étaient pas en tête de liste des préoccupations des citoyens. Il
a toujours été difficile de déceler ces détournements de fonds et d'en
déterminer le coût pour les contribuables. Le volume considérable des
transactions, les montagnes de paperasserie, les multiples échelons de la
bureaucratie qui se chevauchent tout cela se conjugue pour décourager
des contrôles sévères. Qui plus est, dans les pays où plus de 80 % du
budget public sont consacrés aux traitements, aux retraites et aux
prestations sociales, s'inquiéter des 20 % qui restent peut sembler
inutile. En mettant les choses au pire, cela a donné lieu à un certain
fatalisme, à savoir que les marchés publics sont l'une des prérogatives du
pouvoir politique, une affaire interne où il est permis aux gouvernements
qui se succèdent d'agir comme bon leur semble.
Ces dernières années toutefois, l'indifférence a cédé peu à peu à
l'indignation. Peut-être est-ce en raison de l'ouverture plus grande
qu'engendrent la démocratisation que cette question dont on ne se souciait
guère autrefois a été remise sur le tapis. « Jamais auparavant n'y a-t-il
eu un regard aussi insistant sur les agents publics et la vie publique en
général », affirme Jorge Claro de la Maza, ex-chef du Bureau de la
politique et de la coordination des marchés publics, qui vient de prendre
sa retraite. « La fonction publique était autrefois cachottière et de
mauvaise qualité. Aujourd'hui, les citoyens lui demandent d'être
transparente et de qualité plus élevée. Le grand public joue désormais le
rôle de gardien de la moralité publique. »
Cette haute surveillance se traduit par un cortège de scandales,
semble-t-il. Le directeur d'un hôpital public est pris en flagrant délit :
il paie le triple du prix de détail pour des couches-culottes à son
fournisseur qui, apprend-on, est un parent. Un législateur confie des
contrats juteux de « services de conseil » à des associés invisibles. Le
pavage d'une route finit par coûter aux pouvoirs publics locaux 150 % de
plus que le devis d'origine, sans compter que deux ans plus tard la
chaussée est criblée de nids-de-poule parce que les travaux ont été mal
exécutés. Il y a une foule d'exemples, et tous les pays sont concernés.
L'indignation des citoyens vient de ce que la facture réelle est de
plus en plus connue. Selon les chiffres de la BID, les gouvernements de
l'Amérique latine et des Caraïbes consacrent bon an mal an 10 à 15 % de
leur PNB à l'achat de biens et services, soit environ 250 milliards de
dollars. « Si la seule inefficacité de l'État exclusion faite des
détournements de fonds contraint les administrations publiques à verser
15 à 20 % en trop, alors la région pourrait faire des économies de l'ordre
de 50 milliards de dollars par an si elle faisait les choses comme il se
doit », précise Claro. Une autre façon de mesurer l'ampleur de cette
gabegie, c'est de songer que la plupart des pays pourraient doubler leurs
dépenses de santé et d'éducation s'ils pouvaient récupérer les 15 à 20% du
budget de l'État qui sont gaspillés dans le cadre de marchés publics très
imparfaits.
Mais mettre fin à la fraude et à l'inefficacité dans les marchés
publics ne permet pas seulement de réaliser des économies. À la différence
des efforts traditionnels qui visent à réduire le train de vie de l'État
par exemple en baissant les traitements des fonctionnaires les économies
qui découlent de la réforme des marchés publics n'ont d'ordinaire aucun
coût social ou politique. Bien au contraire, on peut penser que le sort
sourira lors des prochaines élections à un gouvernement capable de montrer
qu'il économise des deniers publics en se procurant des biens et services
au prix le plus bas possible.
Inefficace à dessein ?Vu les bienfaits politiques et économiques de la
moralisation des marchés publics, pourquoi y a-t-il eu si peu de progrès ?
C'est en partie parce que le statu quo reste très avantageux pour les
firmes et les particuliers qui profitent du système en place. « Je ne sais
pas si ce système existe à dessein ou par défaut, affirme Claro. Mais la
vérité, c'est qu'il s'agit là de contrats très juteux pour beaucoup de
personnes. »
Le système varie considérablement d'un pays à l'autre dans la région.
Mais, selon Claro et d'autres observateurs, les marchés publics en
Amérique latine et dans les Caraïbes ont en commun certains problèmes.
D'abord, il y a la qualité des textes de loi qui encadrent les marchés
publics. Dans la plupart des cas, la législation est désuète, elle n'est
pas en prise sur les réalités d'aujourd'hui dans le monde des affaires.
Bon nombre de pays ne permettent pas l'envoi par courrier express de
soumissions cachetées, parce que la loi stipule qu'il faut les déposer en
personne. Les textes sont généralement trop précis et complexes. « Dans un
pays où je me suis rendu dernièrement, il faut 17 autorisations
officielles pour chaque marché public», raconte Claro.
L'ironie veut que bien des pays ayant les textes de loi les plus
complexes ne sont pas passés à l'étape suivante, indispensable, qui
consiste à publier les décrets d'application.
En effet, dans la plupart des pays il n'existe même pas d'autorité de
réglementation chargée des marchés publics. « Lorsque je me rends dans les
pays, je me rends compte que je n'ai pas d'homologue, affirme Claro.
Personne n'est titulaire de la responsabilité générale de formuler une
politique pour les marchés publics, d'interpréter la loi, de proposer de
nouvelles règles ou de recueillir des informations sur l'ensemble des
marchés de l'État. » Les responsables des marchés publics, à peu
d'exceptions près, n'ont pas reçu de formation spécialisée et n'ont guère
de prestige professionnel.
Résultat, dans de nombreux pays, la situation ne pourrait être pire.
Des textes trop précis donnent lieu à des conditions obscures, à une foule
d'écritures administratives et à des goulets d'étranglement
bureaucratiques. En revanche, l'absence de réglementations lisibles,
d'autorité centrale de réglementation et de responsables spécialisés
encourage l'incohérence et l'arbitraire dans l'attribution des marchés
publics au sein des divers organismes publics. Pour faire bouger les
choses dans un tel cadre, « il faut huiler les rouages de la machine »,
dit Claro. Pots-de-vin, commissions occultes, sous-traitances fictives et
autres manœuvres sont devenus pratiquement une nécessité pour faire des
affaires avec l'État.
Ce qui ressort de tout cela, c'est le manque d'informations. Dans la
plupart des pays, il est pratiquement impossible de se faire une idée
générale des biens et services faisant l'objet de contrats, des prix qui
sont pratiqués, des organismes publics qui passent les commandes, et des
entrepreneurs et fournisseurs qui obtiennent les contrats. Les audits
externes qui sont rarement faits ne le sont qu'après coup, le plus
souvent lorsqu'il y a eu un tollé général face à des abus particulièrement
énormes.
En fait, Claro est d'avis que des audits et des contrôles plus sévères
sont certes importants mais qu'ils ne régleraient pas le problème des
marchés publics. Cela peut sembler évident, mais il pense que la seule
solution consiste à mieux faire connaître les responsables, à accroître
leur autorité et leurs capacités techniques.
L'exemple d'une ville. La tâche n'est pas aussi difficile qu'elle en a
l'air. Voyons un peu le cas de Buenos Aires. C'est une ville géante dont
le budget dépasse facilement les 3 milliards de dollars. Lorsque Adalberto
Rodríguez Giavarini a été nommé trésorier et secrétaire aux finances de la
mairie au début de 1996, il a constaté que la situation ressemblait en
gros à celle décrite ci-dessus. Lors d'un séminaire à la BID sur les
marchés publics tenu à Washington en 1998, il a rappelé qu'il avait
déterminé tout de suite, avec ses collaborateurs, que la ville payait en
trop 30 % en moyenne sur ses marchés, qui totalisaient près de 1 milliard
de dollars.
Ayant pour mission impérative de faire des économies, Rodríguez a réuni
une équipe de collaborateurs hautement qualifiés et il a donné plusieurs
coups de pied dans la fourmilière des marchés publics. D'abord, il a
supprimé les « appels d'offres restreints », où seules quelques firmes
étaient admises à soumissionner. Et il a multiplié les avis d'appel à la
concurrence. Résultat, le nombre de soumissionnaires a augmenté fortement,
et les prix versés par la ville ont chuté d'autant.
Ensuite, Rodríguez a créé un compte unique, centralisé, pour régler
tous les marchés. Son équipe a mis sur pied une base de données sur les «
prix de référence », qui se fondent sur la moyenne actualisée des prix en
vigueur dans le commerce pour les biens, qu'il s'agisse de meubles de
bureau ou de canalisations d'eau. Avant d'attribuer un contrat, les agents
responsables de la passation des marchés doivent désormais justifier les
prix dont ils ont convenu lorsqu'ils sont supérieurs aux prix du marché.
Dans le même temps, la ville a décentralisé la phase d'achat des marchés
publics. Pourquoi ? Parce qu'en confiant à chaque service la maîtrise de
l'achat des biens et services qu'il lui faut, la mairie a supprimé
plusieurs couches de bureaucratie et assoupli l'attribution des marchés
publics.
C'est presque immédiatement que ces changements ont porté leurs fruits
de manière tangible, affirme Rodríguez. Lorsque la mairie de Buenos Aires
a lancé un appel à la concurrence pour un contrat de restauration de 29
hôpitaux qui venait à expiration, 34 firmes ont soumissionné. Le nouveau
contrat qui a été attribué s'est élevé à un peu moins de 32 millions de
dollars, soit 47 % de moins que les 59 millions versés à l'adjudicataire
précédent pour les mêmes services.
Des économies comparables ont été réalisées lorsque la mairie a
attribué de nouveaux contrats dans d'autres domaines. Rodríguez affirme
que la ville de Buenos Aires a réalisé des économies de 37 % dans la
restauration des écoles publiques, de 45 % dans le ramassage des ordures
ménagères et l'entretien de l'éclairage public, de 60 % dans
l'administration de cuisines communales. En tout et pour tout, elle a
épargné 200 millions de dollars au cours de la première année complète qui
a suivi la réforme des marchés publics.
L'ironie veut, bien entendu, que les réformes ayant conduit à ces
économies n'ont été ni radicales ni particulièrement innovantes. Leur
succès tient à la décision politique de décréter prioritaires les marchés
publics, à la fois en confiant à des agents compétents la mission de
procéder à des contrôles efficaces et en centralisant les informations
clés sur les contrats et les prix.
À cet égard, l'exemple de Buenos Aires illustre parfaitement le débat
très ancien sur la meilleure façon de réformer les abus en matière de
marchés publics. Il y a d'un côté les experts qui prétendent qu'un excès
de centralisation est la source de corruption des marchés publics dans
bien des pays, parce qu'elle confie un pouvoir discrétionnaire trop grand
à un petit nombre de bureaucrates qui n'ont pas de comptes à rendre. Ils
font valoir que les pouvoirs publics locaux sont davantage susceptibles
d'être attentifs aux préoccupations des contribuables et que les marchés
publics doivent donc être décentralisés autant que faire se peut.
Leurs détracteurs prétendent que les responsables locaux souvent n'ont
pas les compétences ni l'expérience qu'il faut pour s'occuper des marchés
publics. En effet, Claro de la BID prévient que la décentralisation peut
en fait aggraver la corruption si elle ne s'accompagne pas de formations
ni de contrôles efficaces à l'échelle locale (lire l'entretien sur cette
question).
Mais l'exemple de Buenos Aires montre que ces deux perspectives ne
s'excluent pas l'une l'autre. En conjuguant la centralisation du contrôle
et du suivi des informations à la décentralisation des adjudications, les
pouvoirs publics peuvent à la fois réduire la corruption et augmenter
l'efficacité. Les résistances politiques et bureaucratiques à cette
méthode peuvent certes être considérables, mais elles s'amenuisent peu à
peu en raison de l'influence croissance des technologies de l'information,
notamment de l'Internet.
L'impératif de mise en ligne. Jadis rarissimes au sein des officines
gouvernementales en Amérique latine, les ordinateurs et l'Internet font
désormais partie du décor. Ces technologies ne sont pas nécessairement un
gage d'efficacité, mais elles réduisent dans les faits les obstacles
logistiques et financiers à la mise en commun des informations. Soucieux
de ne pas rater le coche, certains gouvernements de la région poussent les
organismes publics à mettre en ligne les informations qui concernent les
marchés publics, même si les décisions d'attribution des marchés restent
entre leurs mains.
Le Mexique a fait œuvre de pionnier à cet égard, ayant lancé
www.compranet.gov.mx en 1996. Depuis lors, quelques 25 000 firmes ont
téléchargé des documents sur les marchés publics, à raison d'environ 150
000 demandes par mois. Les usagers peuvent se renseigner sur les marchés à
venir ou déjà octroyés, suivre l'étude des offres et l'attribution des
marchés, prendre connaissance des clarifications et des modifications, et
connaître le nom de l'adjudicataire ainsi que le prix convenu. Les firmes
qui font l'acquisition des cahiers des charges techniques en ligne paient
30 % de moins que pour les documents imprimés. Dès cet été, les usagers
auront la possibilité de faire des soumissions par voie électronique et
d'effectuer pratiquement toutes les démarches ultérieures par courrier
électronique. Selon les chiffres de l'État mexicain, le réseau Compranet
traite environ 40 % du budget que l'administration fédérale consacre aux
marchés publics.
Antonio Schleske, chef de la Division des marchés publics de l'État
fédéral mexicain, affirme que le réseau Compranet permet désormais aux
soumissionnaires d'effectuer toutes les transactions au moyen de son site
Web. Lors d'un récent séminaire sur la transparence et le développement au
siège de la BID à Washington, Schleske a décrit la signature numérique et
la technologie d'authentification qui sécurise les transactions «
dématérialisées ».
Aujourd'hui, plusieurs autres pays d'Amérique latine et des Caraïbes
arriment à l'Internet leurs efforts de réforme des marchés publics. L'an
dernier, le Brésil (www.compranet.gov.br) et le Chili
(www.compraschile.cl) ont lancé des sites, et l'État argentin a fait
savoir qu'il comptait les imiter cette année. Lors d'une récente
interview, Gastón Concha, coordonnateur du projet de réformes des marchés
publics de l'État chilien, a dit que la décision d'avoir recours à
l'Internet était fondée sur une étude-diagnostic réalisée il y a plusieurs
années. « L'étude a constaté que même si l'attribution des marchés publics
du Chili ne se heurtait pas à de graves problèmes de corruption, elle
n'était pas très transparente. Il y avait très peu d'informations sur les
commandes publiques, et souvent elles étaient inexactes. » Elle concluait
aussi que les marchés publics du Chili n'attiraient pas suffisamment de
soumissionnaires pour faire jouer une concurrence optimale, ce qui était
source d'inefficacités.
L'étude a conduit à une refonte des lois et réglementations, qui a
placé l'Internet au centre de l'attribution des marchés publics au Chili.
« Nous avons décidé que l'Internet nous donnerait la plus grande audience,
à la fois en augmentant le nombre de fournisseurs éventuels et en
permettant au grand public de suivre la dépense publique, a dit Concha.
Les logiciels qu'il faut pour utiliser l'Internet sont pratiquement
gratuits et ne sont pas des marques déposées, ce qui facilite la
participation des petites et moyennes entreprises. »
Le Chili a lancé son site Web pour les marchés publics l'an dernier,
bien que le texte de loi réglementant l'utilisation de l'Internet pour ces
activités soit encore débattu par l'assemblée législative. Quelque 700
entreprises privées se sont abonnées à ce service jusqu'ici, selon Concha,
et des biens et services d'une valeur de près de 700 000 dollars ont été
commandés par l'entremise du système par les 25 organismes publics qui y
participent à l'heure actuelle. Concha affirme que l'État espère porter à
2 milliards de dollars à l'horizon 2002 la valeur des contrats attribués
sur l'Internet. Mais il admet qu'il faudra d'abord beaucoup de « travail
de missionnaire » au sein des ministères réticents pour atteindre cet
objectif.
Ironiquement, l'une des raisons les plus fréquentes qui expliquent ces
réticences, c'est l'accroissement de la concurrence qui résulte de la mise
en ligne. « Beaucoup de responsables des marchés publics avaient
l'habitude de simplement communiquer avec trois fournisseurs, comme le
prescrit la loi. Désormais, ils doivent traiter 50 offres pour chaque
marché. Nous nous attachons donc à trouver les moyens de trier les offres
pour écarter en amont celles qui ne conviennent pas. »
Il y a d'autres obstacles. Pour optimiser l'efficacité de l'Internet,
les responsables doivent pouvoir recevoir des documents officiels par voie
électronique. La technologie servant à authentifier et à sécuriser les
documents électroniques au moyen d'une signature numérique est d'ores et
déjà en usage dans certaines officines gouvernementales chiliennes pour un
certain nombre de transactions. Mais une loi qui légaliserait de telles
transactions est encore loin d'avoir été adoptée, selon Concha. Pour
l'heure donc, l'Internet ne sert qu'à informer les citoyens sur les
marchés publics. Et pas forcément à accélérer les procédures.
Le recours à l'Internet permettra-t-il de réformer les abus dans les
marchés publics ? Non, de toute évidence. L'État doit jouer un rôle
d'impulsion, mettre en place des règlements lisibles, mieux former ses
agents tout en procédant à des audits pour se débarrasser de ce triste
héritage. En effet, si ces autres améliorations ne sont pas apportées, les
sites Internet consacrés aux marchés publics pourraient à terme n'être
qu'un simple ravalement de façade. Mais du fait que ces initiatives
mettent les contribuables au courant de l'utilisation des fonds publics,
il est désormais plus difficile d'occulter les abus qui sont commis.
Au bas mot, les gouvernements d'Amérique latine paieraient 15 à 20
% en trop sur leurs marchés, soit 40 ou 50 milliards de dollars par an.
L'année qui a suivi la réforme de ses procédures d'achat, Buenos Aires
a réalisé des économies de 37 % dans la restauration des écoles publiques
et de 45 % dans le ramassage des ordures. |