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Janvier - février 2000 | |
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Brésil : le mécénat d'un magnat du logiciel |
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PAUL CONSTANCE Il a une conscience, le polard. Rodrigo Baggio a appris tout seul à programmer des logiciels, à l'âge de douze ans. Son père lui avait fait cadeau d'un Paralógica TK-82, le premier ordinateur grand public au Brésil. « Dès lors, j'ai été fasciné par l'informatique, affirme cet homme de 29 ans, originaire de Rio de Janeiro.![]() "Du jour au lendemain, le fou que j'étais est devenu un visionnaire"
Mais à la différence des autres fous de l'ordinateur typiquement égocentriques, Baggio a montré à un jeune âge qu'il était citoyen aussi. Alors qu'il apprenait le TK-82, il s'est proposé pour coordonner bénévolement un programme sportif pour les enfants de la rue des tristement célèbres favelas de Rio. « Cela m'a bouleversé, se souvient-il, parce que j'ai découvert une réalité très différente de la mienne. » À 15 ans, Baggio propose ses services pour aider à administrer l'antenne à Rio d'une réserve située dans la jungle amazonienne. Bientôt, il conçoit pour la réserve un logiciel de gestion de l'environnement qui intègre l'imagerie satellitale et les données émanant d'études sur le terrain. Baggio étudie brièvement les sciences sociales à l'Université fédérale de Rio puis se laisse séduire par une proposition d'embauche de la société Andersen Consulting, qui en fait un ingénieur d'études. Le monde de l'entreprise se révèle trop lent pour Baggio, qui ne reste pas en place. À 22 ans, avec l'aide de son père, il ouvre une boutique d'informatique et d'intégration de systèmes, baptisée Baggio Informática. Parmi ses premiers clients figure un groupe d'écoles privées à ce point favorablement impressionné par son travail qu'il lui confie la création d'une classe d'informatique qui viendrait compléter le cursus traditionnel. Sa classe qui se sert de logiciels interactifs pour dynamiser l'enseignement de matières comme l'astronomie, l'anatomie et la biologie cartonne. Grâce au bouche à oreille, les clients se bousculent aux portes de la boutique de Baggio. « Je me suis mis alors à gagner beaucoup d'argent, dit-il. J'ai acheté un appartement, une voiture, un voilier, des téléphones portables. » En 1993, il a aussi le sentiment d'être « très malheureux », raconte Baggio. « J'étais tellement occupé que j'avais renoncé à mon engagement social. » Un jour, il fait un rêve : il voit des enfants pauvres qui se servent d'ordinateurs pour « discuter de leur propre réalité ». Ce rêve déclenche une réaction en chaîne qui aboutit, l'année suivante, à la création par Baggio du Comité pour la démocratisation de l'informatique (CDI). Son but ? Enseigner « l'informatique et la citoyenneté » aux jeunes des favelas pour qu'ils se donnent de meilleures chances de trouver un emploi tout en discutant des moyens de régler les problèmes dans leur quartier. L'idée fut jugée démente « par 99 % des personnes à qui j'en ai fait part », rappelle Baggio. Mais il persiste et signe. En fin de compte, Baggio trouve une église catholique dans la favela de Santa Marta qui convient de lui prêter des locaux pour créer son école. Un grand magasin de prêt-à-porter lui donne cinq ordinateurs dernier cri tandis qu'une organisation non gouvernementale s'engage à coordonner le tout. En raison peut-être de ses exploits antérieurs, la presse nationale et locale envahit son école le jour de son inauguration, ce qui donne à son projet une publicité dont il avait bien besoin. Et Baggio de plaisanter : « Du jour au lendemain, le fou est devenu un visionnaire. » Six cents jeunes de 12 à 30 ans désireux d'apprendre l'ordinateur s'inscrivent à l'école en deux jours. Baggio recrute des bénévoles pour former des enseignants à l'échelle locale et met au point un système flexible de cours de 1 à 3 mois avec des séances le matin ou l'après-midi. Les cours portent sur des applications de base comme le traitement de texte et les tableurs, ainsi que sur des sujets plus approfondis comme l'entretien des ordinateurs. Les étudiants apprennent à utiliser les tableurs en manipulant les données des indicateurs sanitaires locaux et se servent des logiciels de traitement de texte pour publier des bulletins et des plaquettes d'intérêt local.
Les droits de scolarité couvrent les coûts. L'idée de Baggio s'est répandue aussi vite qu'un virus informatique. Depuis 1994, le CDI a aidé à ouvrir au total 107 écoles d'informatique au sein de quartiers pauvres dans 13 États brésiliens. Quelque 32 000 jeunes y ont d'ores et déjà suivi des cours. Les écoles continuent certes d'être tributaires de dons pour les ordinateurs et les locaux mais elles se financent elles-mêmes, grâce à des droits de scolarité modestes, qui s'élèvent en moyenne à 3 dollars par mois. Cela procure un salaire convenable aux formateurs qui doivent tous habiter le quartier où se trouve l'école. Il y a peu de temps, des groupes au Japon, aux Philippines et en Colombie ont invité Baggio à venir leur dire comment ils pourraient reproduire son programme chez eux. Son prochain objectif ? « Je demande aux sociétés des téléphones de donner des lignes pour que toutes les écoles brésiliennes puissent se raccorder à Internet », affirme-t-il. Le CDI a lancé une nouvelle campagne, baptisée « Campanha Conectar », pour recueillir des modems et d'autres équipements nécessaires à la connexion des ordinateurs actuels. « Aujourd'hui, seulement trois de nos écoles à Rio et deux à Minas Gerais sont branchées, dit Baggio. Mais dans trois mois, nous prévoyons que la moitié de nos écoles seront en ligne. » Pour un complément d'information sur le CDI et ses projets actuels, tapez www.dci.com.br. |
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