Page de garde | Table des matières

Janvier - février 2000


La route, inutilement meurtrière

Tous les ans, les routes en Amérique latine tuent
100 000 personnes ­ un chiffre qui pourrait aisément être réduit de moitié


Voir aussi:


POUR SAUVER DES VIES, À PEU DE FRAIS





PAUL CONSTANCE

Un accident de la circulation doit être particulièrement horrible pour faire la une en Amérique latine ces jours-ci. Comme le bus au Salvador qui, il y a peu, a plongé dans un ravin en tentant un dépassement dans un virage, entraînant dans la mort ses 30 passagers.

Il est dangereux de conduire sur la plupart des routes d'Amérique latine. Ce phénomène, qui est devenu un cliché macabre, saigne la société et l'économie dans la région. Selon les calculs recueillis par la Direction danoise des routes dans une étude financée par la BID, il y a tous les ans sur les routes d'Amérique latine au moins 100 000 tués et 1,2 million d'accidents corporels. Ces accidents entraînent des coûts (perte de productivité, frais d'hospitalisation, etc.) qui se monteraient à 30 milliards de dollars.

Les accidents de la route sont plus fréquents dans les pays d'Amérique latine que dans la plupart des pays industrialisés. Pour 10 000 véhicules en circulation, un pays d'Amérique latine enregistre en moyenne quelque 18 accidents mortels par an, contre 2,4 seulement aux USA, au Canada, au Japon et dans plusieurs pays d'Europe qui font partie de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).

Mais ce qu'il y a de plus singulier sur les routes d'Amérique latine, c'est le nombre de piétons qui sont percutés et tués par des véhicules automobiles. Environ la moitié des accidents de la circulation surviennent dans les villes et 33 à 50 % des tués sont des piétons, et non les conducteurs ou les passagers. Selon Charles Wright, économiste principal et spécialiste des transports à la BID, cela est attribuable en partie au fait que les villes de la région sont populeuses et que la plupart des citadins se déplacent encore à pied le plus souvent.

Mais la principale raison qui explique le nombre de piétons tués, ajoute-t-il, c'est que le système de régularisation du trafic dans la plupart des villes d'Amérique latine a été conçu en fonction des voitures seulement. Dans de nombreuses agglomérations, les trottoirs sont étroits, mal indiqués ou inexistants, ce qui force les piétons à marcher dans la rue, au péril de leur vie. Les stops sont rares. Les feux de circulation à certaines intersections ne donnent pas aux piétons le temps qu'il faut pour traverser la rue. En raison de l'éclairage médiocre de nombreuses rues, les conducteurs voient mal les piétons la nuit ou au petit jour lorsque les enfants se rendent à l'école. Enfin, l'inapplication du code la route est endémique, et les conducteurs ne respectent donc pas les limitations de vitesse et les autres règles.

Hélas, la situation va probablement empirer. La croissance économique et la libéralisation des échanges au cours de la dernière décennie ont fait grimper le nombre de véhicules qui circulent sur les routes de la région. Le parc automobile de la région est certes faible à l'aune internationale (environ 100 véhicules pour 1 000 habitants), contre près de 500 dans les pays de l'OCDE), mais il est sur le point de s'agrandir. Les grands constructeurs automobiles du monde ont investi des milliards de dollars dans des usines de montage au Mexique, au Brésil et en Argentine ces dernières années, dans l'espoir de conquérir le vaste marché qui s'ouvre aux voitures bas de gamme. La conduite n'en sera que plus dangereuse dans les villes de la région, d'ores et déjà encombrées.

Solution miracle. Face à la réalité des accidents de la circulation, bon nombre de Latino-Américains se résignent par fatalisme. C'est la faute à pas de chance, pensent-ils bien souvent. Tout renforcement important de la sécurité routière entraînerait des coûts prohibitifs, présument-ils.
Or, c'est une tragique méprise. Comme Wright et d'autres spécialistes ne cessent de le faire remarquer, il y a un certain nombre de mesures peu coûteuses que les villes peuvent prendre pour rapidement réduire de moitié le nombre de piétons tués dans les accidents de la circulation. Les diagrammes qui ornent ces pages présentent plusieurs des solutions en présence. « Lorsque ces mesures - ne serait-ce que quelques-unes d'entre elles - sont mises en œuvre de manière cohérente et s'accompagnent de campagnes de sensibilisation efficaces, les résultats peuvent être spectaculaires », affirme Wright.

Belo Horizonte, capitale de l'État de Minas Gerais au Brésil, est un cas d'école. Jusqu'à la fin des années 70, cette ville affichait les taux d'accident de la circulation les plus élevés au pays. Aménagée à l'époque des charrettes tirées par des chevaux, la circulation des avenues et des rues perpendiculaires et diagonales était canalisée vers une série de ronds-points géants, à plusieurs voies.

À mesure que la circulation automobile s'intensifiait, les ronds-points devenaient de plus en plus meurtriers pour les piétons et cauchemardesques pour les automobilistes. En 1980, la mairie décida de fermer les rues diagonales aux intersections et de les transformer en parkings et en voies piétonnières. Les trottoirs et les lignes médianes aux intersections furent prolongés afin de canaliser le trafic selon des tracés bien définis et peu nombreux. Des feux de circulation furent installés et programmés de manière à donner aux piétons le temps de traverser la rue. Les parcours d'autobus furent modifiés et des arrêts placés en des endroits protégés. Les accidents mortels de la circulation à Belo Horizonte chutèrent alors de 75 %, affirme Wright.

Pour être complète, la prévention routière doit prévoir des mesures beaucoup plus nombreuses que celles illustrées ici. Des schémas d'aménagement des transports axés sur les piétons, de meilleures lois et réglementations concernant la circulation, des contrôles plus efficaces effectués par les agents de police et des critères plus sévères pour l'octroi de permis de conduire, tout cela est nécessaire. « Ce sont là les objectifs clés, à long terme, affirme Wright. Mais entre-temps, les mairies peuvent prendre des mesures très simples qui sauveront des milliers de vie. »

Pour entrer dans le détail de ces questions, voir le document intitulé « Traffic Safety : Using Engineering to Reduce Accidents » [Sécurité routière : l'ingénierie peut servir à réduire les accidents) rédigé par le consultant de la BID Philipe Gold. Il existe en version anglaise, espagnole et portugaise. Tél. : (202) 623-1753 ou courrier électronique : idb-books@iadb.org.





HOME       ABOUT THE IDB        BUSINESS OPPORTUNITIES      DEPARTMENTS      POLICIES 

PRESS & PUBLICATIONS       PRIVATE SECTOR      PROJECTS      RESEARCH & STATISTICS